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Culture

Le monde se (dé/re)construit avec Radhika Khimji

Exposition Première exposition, à la galerie Letitia, de l’artiste omanaise au sang indien qui offre un chantier en construction. Construction d’un univers qui se compose et se décompose, mais aussi de l’être, dans ses combats intérieurs et son environnement. Toiles, sculptures, installations, bois travaillé, broderies, tricots et collages avec papier pour parler de la volatilité de la vie.
30/03/2019

Radhika Khimji, venue des bords du détroit d’Ormuz, ayant vécu à Oman et partageant sa vie aujourd’hui entre Londres – où elle a fait des études de beaux-arts (Royal Academy of Arts et Slade School of Fine Art) – et Mascate qui la nourrit de ses paysages fabuleux, découvre avec une gourmande curiosité la modernité, la vitalité et l’énergie de Beyrouth.

Tout en y déposant ses valises, elle donne à voir au public de la galerie Letitia ses installations, ses peintures (huile et mixed media), sculptures (agrémentées de fer, jute et acrylique) et autres objets insolites créés de ses mains qui ont la patience non seulement des pinceaux aux pointillés minuscules et des lourdes brosses aux masses envahissantes, mais aussi des délicats motifs de broderies et des patients travaux d’aiguille pour tricots, avec grosses mailles, à usage esthétique… C’est dire la combinaison audacieuse de toutes les matières, sans freins ni frontières, pour faire surgir un univers qui témoigne de toute perception et sensation sociétales et environnementales.


Témoignages et songes

Des panneaux de bois meublent l’espace de la galerie. Ils sont à la fois les cimaises, l’horizon et les « actants » de cette exposition aux teintes grèges, aux tonalités ocre, sable, noires et quelques éclats orangés comme un soleil entre crépuscule et aube…

Un univers habité de songes et de témoignages où le bois, avec sa couleur naturelle, est façonné en sculptures d’un paysage escarpé et lisse, empreint des couleurs des pays du Moyen-Orient. Peint en noir, plié, creusé, poli comme une peau tannée, ce bois se transforme en routes improbables qui fendent l’air ou en circonvolutions fantaisistes.

Quatorze tableaux en petit format, enserrés dans leur cadre en verre ou plexiglas, parfois en double face car le recto et le verso sont continuation d’une même narration ou joute d’une même pensée, sont savamment tissés, agencés et mélangés. Ils représentent un tanker abandonné au milieu du sable à Oman, une échelle hors d’atteinte, une grande évasion vers la liberté, des orbites comme un système stellaire qui flottent dans l’espace, la porosité de certains matériaux… Tout cela à travers la transformation d’une photo habilement prise, de fins points de couture agencés en un étourdissant mais discret mouvement giratoire, tourbillonnant comme un insaisissable essaim d’abeilles…

Mais les images les plus complètes qui captent fermement l’attention sont sans nul doute les trois grandes toiles (entre 137cmx115cm et 165cmx115cm) évoquant, toujours à partir de la transformation d’une photo prise, en une abstraction, des paysages escarpés entre montagnes et vallées, monticules et crevasses, sables brûlés par le soleil et ventre caverneux de grottes obscures bruissant d’ombres…

Et c’est là qu’interviennent en toute subtilité les lignes ajustées en méandre labyrinthique, échappées à la laine d’une Pénélope avide de comprendre et interrogeant le futur… Des fils à peine perceptibles, cousus de mains de dentellière sur un support de bois entre noir à la Soulages et les teintes orangées empruntant à la terre de Sienne ses reflets à la fois boueux et argileux… Une œuvre qui donne à voir un chantier en construction. Construction au sens premier du terme, d’un univers qui se compose et se décompose, mais aussi de l’être, dans ses combats intérieurs et son environnement. Toiles, sculptures, installations, bois travaillé, broderies, tricots et collages avec papier sont utilisés ici pour parler de la volatilité de la vie. Volumes, perspectives, angles cassés ou rondeurs fignolées se marient, même si la cohérence ou l’harmonie d’ensemble ne sont pas l’attribut premier de cette exposition. Bien que les images apportent à chacune des matières utilisées, en toute fausse innocence, une voix singulière, une certaine éloquence, un certain lyrisme moderne, entre poésie douce et dénonciation sans véhémence.

*L’exposition « Over, through and around » de Radhika Khimji à la galerie Letitia se prolonge jusqu’au 11 mai 2019.

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