L'emblème du parti égyptien Wafd, avec le croissant et la croix comme symbole.
Cent ans après la révolution nationaliste de 1919, le parti Wafd, son instigateur et pionnier de la vie politique moderne en Égypte, n’est plus que l’ombre de lui-même sous le régime autoritaire du président Abdel Fattah al-Sissi.
Le doyen des partis égyptiens, qui a longtemps représenté une ligne politique libérale, modérée et laïque, s’est progressivement effacé devant le pouvoir, accaparé par des dirigeants militaires qui se sont succédé depuis 1952.
Aujourd’hui, il s’est rangé derrière l’ancien chef de l’armée, Abdel Fattah al-Sissi, devenu président, et a soutenu sa réélection en 2018. Depuis son accession au pouvoir en 2013, M. Sissi mène une implacable répression contre toute forme d’opposition. Des dizaines de milliers d’opposants politiques ont été arrêtés.
Le parti Wafd, qui a défendu dès 1919 la cause nationaliste contre l’occupant britannique, « a complètement perdu son lustre et n’attire plus les libéraux », explique Hassan Nafaa, analyste politique à l’Université du Caire, en pleine célébration du centenaire de la révolution.
(Pour mémoire : Vers un possible maintien de Sissi au pouvoir après 2022)
Image ternie
Né en 1918 des bouleversements entraînés par la Première Guerre mondiale, le parti centenaire n’a jamais changé d’emblème, gardant le croissant et la croix comme symbole, malgré son histoire mouvementée.
Initialement conçu comme une « délégation » (« wafd » en arabe) pour représenter les intérêts des Égyptiens auprès des Alliés et favoriser l’indépendance face au protectorat britannique, le mouvement est devenu un parti sous l’impulsion de son chef historique, Saad Zaghloul.
Sous la devise « Religion pour Dieu et patrie pour tous », le Wafd est ensuite devenu un parti de gouvernement sous la monarchie. Les femmes y occupaient une place qu’elles n’ont plus dans le Wafd d’aujourd’hui. L’épouse de Saad
Zaghloul, Safia, et la figure féministe égyptienne Hoda Chaaraoui étaient associées au mouvement.
Héros de la révolution de 1919, exilé puis libéré par les Britanniques avant de devenir Premier ministre en 1924, Saad Zaghloul est aujourd’hui enterré dans un imposant mausolée dans le centre du Caire. Interdit après le renversement de la monarchie en 1952 et la prise du pouvoir par Gamal Abdel Nasser, le parti a été rétabli sous son successeur Anouar el-Sadate en 1978 sous le nom de « Nouveau Wafd ».
Mais son image a depuis été sérieusement entamée, notamment dans les années 1980, par une alliance électorale avec les Frères musulmans, mouvement conservateur mais libéral sur le plan économique. « Son alliance avec les Frères musulmans a écorné son image et fait décroître sa popularité », confirme M. Nafaa, même si l’alliance n’a pas duré. Depuis la destitution du président Mohammad Morsi issu des rangs de la confrérie en 2013, le Wafd s’est détourné des islamistes. Selon le parlementaire du Wafd Fouad Badraoui, le parti a eu des hauts et des bas, mais il « survit ».
Interrogé sur le degré d’influence du parti, il s’est défendu : « Nous ne nous opposons pas juste pour nous opposer, nous nous opposons quand le peuple ou la nation sont en danger. »
(Lire aussi : Alaa el-Aswany à « L’OLJ » : La révolution a fait ressortir ce qu’il y a de meilleur chez les Égyptiens)
Un candidat pour 2022 ?
Aujourd’hui, le Wafd compte 43 sièges sur 596 dans un Parlement égyptien presque entièrement favorable au président Sissi. Avec des hommes d’affaires influents dans ses rangs, al-Wafd est considéré comme un des partis les mieux financés. « Le Wafd possède 220 bureaux et plus de 500 000 membres dans le pays », a affirmé à l’AFP le porte-parole du parti, Yasser el-Hodeibi, sans préciser si tous les membres sont actifs.
Selon M. Hodeibi, le parti possède aussi le seul journal partisan, al-Wafd. Toutefois, il n’a pas trouvé de consensus pour désigner un candidat à la présidentielle de 2018, lors de laquelle M. Sissi a été réélu avec plus de 97 % des voix.
Les wafdistes ont tout de même promis de présenter un candidat lors de la prochaine présidentielle en 2022. « Nous préparons trois candidats afin que l’un d’eux puisse potentiellement se présenter », a affirmé M. Hodeibi. Mais selon M. Nafaa, un candidat du Wafd aura peu de chances, voire aucune, de l’emporter face à M. Sissi, dont les partisans préparent une réforme constitutionnelle pour qu’il puisse se représenter après la fin de son second mandat en 2022.
Or, le président de la commission législative, chargé des amendements constitutionnels, n’est autre que l’actuel président du Wafd, Baha’eddine Abou Chouqqa. « Ce sera un candidat pour justifier l’élection », a estimé M. Nafaa, avant d’ajouter : « Ce sera un mauvais coup de plus pour l’image du parti. »
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