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Sport - Football / Coupe Du Monde 2019

La très longue marche de la discipline... au féminin

« Le football, ce n’est pas pour les filles! » L’axiome a eu la vie dure, étouffant deux timides percées au sortir de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et à la fin des années 1960. La troisième vague, celle des années 2000, est peut-être la bonne à l’approche du Mondial 2019 en France.

La première vague d’émancipation date de l’immédiat après-guerre, « l’âge d’or » du foot féminin selon Xavier Breuil, auteur d’une Histoire du foot féminin en Europe (éditions Nouveau monde). Les femmes, qui ont découvert en usine les activités des hommes, ont aimé le football. L’époque a même sa grande équipe, les Munitionnettes des Dick Kerr’s, du nom de l’usine britannique de munitions de Preston, et sa star, Lily Parr, seule footballeuse au Hall of Fame du football anglais, finalement honorée en 2009. Quelque 53 000 spectateurs remplissent le Goodison Park d’Everton en décembre 1920 pour un match contre Saint-Helens. Mais l’establishment rêve d’un « retour à la normale », écrit M. Breuil. Et dès 1921, les grandes fédérations refusent d’intégrer le foot des dames et pourrissent la vie des clubs féminins en refusant de leur prêter des stades.

Le ballon rond essaime chez les Françaises, les Belges, les Allemandes, mais garroté par les institutions, il s’organise seul et périclite. Le championnat de France, dominé par Femina Sports, s’arrête en 1933 faute de moyens. Deux générations plus tard, une deuxième vague se lève dans les années 1960, dans le sillage du mouvement féministe. « Le MLF a libéré les femmes politiquement, mais aussi d’un point de vue physique », explique la socio-historienne et professeure universitaire Anaïs Bohuon, spécialiste du sport, du corps et du genre (STAPS). Un âge d’argent démarre : une première Coupe d’Europe féminine a lieu en 1969, remportée par l’Italie mais non reconnue par l’UEFA ni la FIFA. Une Coupe du monde se joue en 1970, gagnée par le Danemark, et d’autres tournois suivent, mais toujours non officiels. Au tournant de 1970, de nombreuses fédérations européennes reconnaissent enfin à nouveau le foot féminin.

Le renouveau s’amorce, mais lentement. Le mouvement féministe a libéré la pratique, mais les moqueries, le paternalisme et la défiance persistent. Et les shorts moulants sont très fortement déconseillés. « Le football reste le fief de la virilité, comme le disent les sociologues Norbert Élias et Eric Dunning », les premiers à étudier le sport, poursuit Anaïs Bohuon. Que les femmes jouent au foot « a cristallisé toutes les craintes morales qui traversent les siècles dès lors que les femmes mettent leur corps en mouvement, la grande peur de la virilisation par le sport », insiste-t-elle. S’expriment même « des craintes médicales et sociales très fortes : qu’elles se virilisent, qu’elles mettent en danger leurs organes reproducteurs et qu’elles n’assument pas le rôle qui leur est imparti depuis la nuit des temps ».

Motivées par… Beckham

De 1970 au milieu des années 1980, le football féminin vivote, sauf aux États-Unis, où « le soccer est considéré comme une discipline presque féminine, les filles en font très précocement et c’est dans les mœurs », rappelle la professeure Bohuon. Ce sont donc logiquement les Américaines qui vont dominer les premières Coupes du monde officielles, remportant deux des trois premières éditions (1991, 1999, la Norvège en 1995). Car au tournant des années 1980, les institutions prennent enfin les filles au sérieux et créent un Euro en 1984 (victoire de la Suède) et un Mondial en 1991. La Coupe d’Asie naît en 1975, celles d’Amérique du Sud (Copa America) et d’Afrique (CAN) en 1991. Les années 2000 ont accéléré le mouvement, avec la naissance de la locomotive du foot européen, la Ligue des champions, née en 2001-2002 sur le modèle de celle des hommes.

Le professionnalisme avance doucement, à l’image du WUSA nord-américain, championnat pro qui ne tient que trois ans (2001-2003), relancé sous le nom de WPS en 2009. Reste que de plus en plus de filles jouent au foot, motivées notamment par le film ‎Bend it Like Beckham (2002), où de jeunes Anglaises d’origine pakistanaise jouent au foot, cité par la première Ballon d’or de l’histoire, Ada Hegerberg. Mais justement, la meilleure joueuse du monde ne sera pas au Mondial, pour protester contre l’amateurisme de sa fédération norvégienne. Le chemin vers l’égalité est encore long.

Emmanuel BARRANGUET/AFP

« Le football, ce n’est pas pour les filles! » L’axiome a eu la vie dure, étouffant deux timides percées au sortir de la Première Guerre mondiale (1914-1918) et à la fin des années 1960. La troisième vague, celle des années 2000, est peut-être la bonne à l’approche du Mondial 2019 en France.La première vague d’émancipation date de l’immédiat après-guerre, « l’âge d’or » du foot féminin selon Xavier Breuil, auteur d’une Histoire du foot féminin en Europe (éditions Nouveau monde). Les femmes, qui ont découvert en usine les activités des hommes, ont aimé le football. L’époque a même sa grande équipe, les Munitionnettes des Dick Kerr’s, du nom de l’usine britannique de munitions de Preston, et sa star, Lily Parr, seule footballeuse au Hall of Fame du football anglais,...
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