Daniel Roland/Archives AFP
Les principales banques allemandes, Deutsche Bank et Commerzbank, ont annoncé hier le début de discussions en vue d’une éventuelle fusion, selon un projet poussé en coulisses depuis des mois par Berlin pour créer « un champion national ». Cela ne faisait pas mystère que le gouvernement de la chancelière Angela Merkel était à la manœuvre pour exhorter les deux banques francfortoises en difficulté à se pencher sur une fusion afin d’éviter que l’une ou l’autre ne soit engloutie par un concurrent étranger. Berlin, qui détient 15 % de Commerzbank depuis qu’il a dû la sauver en pleine crise financière, voudrait par ailleurs voir l’Allemagne se doter d’un acteur plus musclé pour accompagner ses entreprises tournées vers l’international.
Encore empêtrées dans des restructurations douloureuses rendues nécessaires après des années de recettes et de rentabilité en berne, ces deux établissements ont longtemps été l’objet de rumeurs sur leur union.
Opportunités
Le directoire de Deutsche Bank a décidé d’examiner des options stratégiques « au vu des opportunités qui se présentent », qui comprennent « des discussions en cours avec Commerzbank », avait annoncé auparavant la première banque allemande. Celle-ci prévenait aussi qu’il n’y avait « aucune garantie » de résultat.
Si les pourparlers devaient aboutir, ils créeraient un géant bancaire européen avec un total de près de 2 milliards de dollars d’actifs, proche de la plus grande banque française, BNP Paribas. Mais en termes de capitalisation boursière, Deutsche Bank ne pèse que près de 18,2 milliards de dollars en ayant perdu plus de 50 % de sa valeur en 2018. Commerzbank vaut, elle, à peine 10,2 milliards de dollars environ.
Selon Deutsche Bank, il s’agit désormais de discuter d’options en voyant si elles « renforceront la croissance et la rentabilité de la banque ». Cette dernière a fortement souffert depuis la crise financière et n’a dégagé qu’un modeste bénéfice net en 2018, après trois années de lourdes pertes sur fond de recettes en recul et de milliards d’amendes liées à ses scories judiciaires. Et le premier trimestre de l’année en cours, le plus fort traditionnellement, s’annonce déjà sous de mauvais auspices, sur fond d’une économie allemande tournant au ralenti.
Les deux banques, en comptant chacune environ 20 millions de clients, pourraient déjà se renforcer dans la banque de détail en Allemagne, au sein d’un marché qui resterait toutefois dominé par les caisses d’épargne publiques. Telle base servirait également de tremplin international pour se développer dans la banque des entreprises et d’investissement, ainsi que la gestion d’actifs.
Prise de contrôle hostile
Et en guise de « champion national », le futur ensemble ferait émerger une banque « bien plus attractive pour une prise de contrôle “hostile”, venue par exemple de France », craint de son côté le puissant syndicat des services Verdi.
Par ailleurs, sur le front de l’emploi, même si les deux banques ont fait partir des milliers de salariés l’an passé, elles en comptent encore environ 133 000 dans le monde, dont près de 80 000 en Allemagne. Aussi, au moins 10 000 emplois seraient « gravement menacés », et bien plus si les résultats attendus par cette fusion n’étaient pas au rendez-vous, selon Verdi.
Dans un message adressé hier aux salariés, Christian Sewing, le patron de Deutsche Bank, les a exhortés à se « concentrer » sur les affaires quotidiennes et « d’être au service » des clients.
Source : AFP


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