J’ai rencontré Jean Kyrillos par inadvertance il y a près de quarante ans à un carrefour où se croisent les chemins de l’enfance et de l’adolescence. À un âge où l’on cherche une boussole pour se trouver et un phare pour se fixer. Tout en faisant office des deux, il a surtout été une source intarissable de sentiments et d’affection qui a irrigué nos sentiers de jeunesse et pavé la voie à l’accomplissement de chacun. Kyrillos : fils de seigneur ! Il le portait si bien ce nom hérité d’un surnom transmis par ses aïeuls commerçants du temps où, il y a deux siècles, ils parcouraient les contrées grecques et couvraient leurs habitants de richesses levantines. Seigneur, homme de loi, homme de lettres, homme d’esprit, ténor, les adjectifs se multiplient et s’entassent chez ce rebelle au grand cœur qui n’hésitait pas à balancer son avis parfois cru mais toujours franc et utilisait sa belle plume et ses joutes orales pour enfouir ses blessures entre les lignes et graver ses joies dans des textes percutants et espiègles qu’il laisse à la postérité avec son sceau de « Jean qui rit ». Pour lui, à quoi servait la vie si on ne vit pour rien ! Il s’y investissait à fond en multipliant activités et projets jusqu’à épouser les vagues du changement et des nouvelles technologies et devenir un incontournable des réseaux sociaux à seulement… 96 ans révolus. Pour lui, rien ne comptait autant que l’instant qu’on est en train de vivre. Comme le disait Henri Matisse : « Il ne s’empêchait pas de vieillir, mais il s’empêchait d’être vieux. » Jean Kyrillos est cette belle histoire qui va nous manquer mais qui ne s’arrêtera jamais, du moins tant que le jour se lève et que les lunes se forment.
Karim DAHER


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