Les leaders du Parti vert européen Ska Keller et Bas Eickhout à Bruxelles. Emmanuel Dunand/AFP
Manifestations pour le climat, désir de changement face aux partis depuis longtemps au pouvoir : les Verts européens espèrent capitaliser sur les mouvements populaires lors des élections de mai, même si les premiers sondages restent timides.
La rue inspire les Verts. Pas seulement les marches pour le climat organisées ces dernières semaines, en particulier à l’initiative de jeunes, comme en Belgique où ils se retrouvent tous les jeudis pour interpeller leurs dirigeants politiques. Mais aussi, les manifestations pour la démocratie, la défense de l’État de droit en Hongrie et en Roumanie. Ou encore les mouvements de défense des droits des femmes en Pologne et en Irlande.
Pour les élections européennes (23-26 mai), les Verts espèrent bien « emmener les mouvements que l’on voit dans les rues aux urnes », comme l’a expliqué le directeur de campagne Sybren Kooistra lors du lancement officiel de la campagne des Verts européens hier à Bruxelles. Jusqu’à la typographie employée sur les affiches, censée rappeler les pancartes des manifestants et autres posters revendicatifs. Jusqu’au slogan : « Agissons. Ensemble » ( « Let’s act. Together ! » ), inspiré par le discours de la nouvelle icône de la lutte contre le changement climatique, issue de la société civile, l’adolescente suédoise Greta Thunberg.
« Nous sommes au Parlement européen depuis 10 ans, mais nous ressentons l’urgence, comme jamais auparavant, que l’Europe doit vraiment changer », lance l’une des deux têtes de liste au niveau européen, le député européen Bas Eickhout, en conférence de presse.
Aux côtés du Néerlandais de 42 ans, spécialiste du climat, Ska Keller, originaire d’Allemagne de l’Est, se lance à 37 ans dans sa deuxième campagne en tant que « Spitzenkandidat » (le terme allemand souvent utilisé dans la course européenne), selon la tradition des Verts de se présenter en binôme paritaire. Avec une question : quelle Europe voulons-nous ?
Dans le viseur des Verts, il y a les nationalistes et europhobes en tous genres, mais aussi le PPE de Manfred Weber, le parti de la chancelière allemande Angela Merkel et du président actuel de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et principale force politique au Parlement européen. « Les gens sont dans la rue parce qu’ils demandent une Europe différente », martèle Bas Eickhout, tandis que Ska Keller s’interroge sur la « crédibilité » d’une droite qui compte le dirigeant national-conservateur Viktor Orban dans ses rangs et gouverne avec l’extrême droite en Autriche. L’optimisme des Verts peine tout de même à se refléter dans les premiers sondages publiés à trois mois des élections. Selon des plus récentes projections publiées par les services du Parlement européen le 25 février, le groupe Verts-Alliance libre européenne obtiendrait 49 sièges, contre 52 au sein de l’hémicycle actuel (sur un total de 705 sièges post-Brexit, contre 751 dans la législature actuelle).
Handicap géographique
Les représentants de ce groupe politique viennent de 18 États membres différents, une douzaine uniquement pour les partis affiliés aux Verts. « Évidemment, nous allons devoir compenser (le départ de) six Britanniques, si et quand le Brexit arrivera. C’est une sacrée tâche, 6 sur 52. Mais nous sommes complètement optimistes qu’on ne va pas seulement compenser, mais grossir. Et dans un Parlement qui rétrécit, grossir serait une performance », souligne Ska Keller, ajoutant que les Verts sont souvent « sous-évalués » dans les sondages. Le parti reste confronté à un handicap géographique, avec une base limitée largement au nord-ouest de l’Europe, avec des bastions en France et en Allemagne, ou encore aux Pays-Bas et en Belgique où de récentes victoires électorales ont été enregistrées. « C’est vrai que dans certains pays nous avons toujours rencontré des difficultés. C’est aussi vrai que dans beaucoup de pays d’Europe de l’Est nous sommes nouveaux et cela prend du temps avant de rentrer dans l’esprit des gens », concède Ska Keller.
Mais par exemple, souligne-t-elle, les Verts ont pu présenter des candidats « partout » aux dernières élections communales en Pologne, une tendance « encourageante » dans un pays où les revendications environnementales montent aussi, notamment face à de gros problèmes de pollution de l’air. En Pologne, les Verts se présenteront en coalition pour les européennes, tout comme en Slovénie. « En faisant équipe, nous sommes persuadés que cela va lancer le mouvement dans l’arène politique et que nous allons élargir notre base dans ces pays », assure Bas Eickhout.
Marine LAOUCHEZ / AFP

