Sélim el-Jahel, je ne vous connais pas. Vous ne me connaissez pas. Ou plutôt si, j’ai été le dossier de cette petite bonne femme qui est passé entre vos mains pour ce fameux « jugement urgent » (daawa mustaajala) qui a fait des ravages vers la seconde partie des années 60.
Je venais d’ouvrir mon école en y investissant toutes mes pauvres petites économies. Il fallait abattre des murs et la doter de bois, miroirs, piano, etc. requis professionnellement.
Au bout de 18 mois, le propriétaire me menace soit de doubler mon loyer, soit de me jeter à la rue, grâce à cette étrange erreur d’alors dans la loi des loyers.
Lorsque mon entourage a su que le juge était Sélim el-Jahel, ils m’ont terrifiée ! « Tu n’as aucune chance. C’est un homme très droit, il ne joue pas avec la loi. »
Ce jour-là, j’ai passé toute la matinée à arpenter la rue Hamra des dizaines de fois, juste pour ne pas être à la maison lorsque le téléphone allait sonner.
Et le téléphone a sonné, et ma vie a fait un bond vers l’Everest ! Car oui, l’homme de loi a donné ses droits à mon propriétaire, mais en ajoutant : « J’ai étudié les frais que cette jeune femme a fait avec votre accord. Vous pouvez reprendre votre local, mais pas avant de lui payer 50 000 livres de dédommagements. » Le propriétaire s’est récusé.
À ce jour, 50 000 est le plus beau chiffre de ma vie !


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