Nos Lecteurs ont la Parole

La République du désespoir

Me Abdel Hamid EL-AHDAB
OLJ
21/02/2019

À l’exemple du miséreux tunisien « Albouazizi » qui avait livré son corps aux flammes lorsqu’il avait désespéré de ce monde de mécréants qui avaient brûlé sa charrette de marchand qu’il poussait pour assurer sa maigre subsistance, Georges Zreik s’est immolé par le feu lorsque l’école a expulsé ses enfants à la suite du retard dans le paiement de leurs scolarités ! ! Il avait essayé et réessayé de travailler dans chacune des demeures de la région et avait accepté d’être engagé comme serviteur à l’école même, mais les mécréants lui ont fermé toutes les portes possibles! Aussi a-t-il choisi de mettre fin à sa vie. La mort est sacrilège, mais la pauvreté l’est encore plus !

Le problème est que la république, après Aïn-el-Remmaneh – et il importe peu qu’on affuble cette période du nom de Taëf, Doha ou du « président fort » – n’a plus rien à voir avec la république d’avant Aïn-el-Remmaneh ! Elle était la République de la liberté, de la fraternité et de l’amabilité, et elle est devenue la République du crime, de la tuerie et de l’assassinat au vu de la pièce d’identité, gouvernée par Ali Baba et les quarante voleurs ! Elle est la République du pillage et du vol ! Y vivent des dizaines de larrons qui accaparent les richesses et des millions de gens qui ont faim et qui ne peuvent que désespérer de tout ou partir ! La voie de l’émigration n’a jamais été au Liban aussi large… Des milliers de jeunes qui terminent leurs études et se heurtent à des portes fermées sont contraints de partir. Les universités elles-mêmes ont été débordées par le pouvoir « fort » et corrompu. Elles délivrent à présent des certificats de passage, et nul n’en a cure… L’important est de payer… L’enquête a ici eu lieu, et le dossier est désormais clos.

Le mandat est aujourd’hui iranien… Le français est parti. L’égyptien lui a succédé, puis le palestinien, puis le syrien, et enfin l’iranien venu avec le « régime fort » !

Celui qui gouverne la République du désespoir est machiavélique.

Ceux qui applaudissaient Bachir Gemayel et Raymond Eddé applaudissent aujourd’hui Gebran Bassil.

Le problème des migrants syriens se résout à présent à l’équation : devons-nous les tuer nous-mêmes ou Bachar el-Assad ? C’est la mécréance même.

Les communautés ont abandonné toutes leurs valeurs et ont rejoint les zoos.

Au Liban vert et beau que chantait Feyrouz, nous demandons : où est notre salut ? Il ne reste plus aucun des livres du Ciel. Les chevaliers ont tous disparu !

Il ne reste que Ziad Baroud et Farès Souhaid. Mais ils vivent en marge et sont des marginaux… Nous avions, dans le temps, un Raymond Eddé, un Bachir Gemayel, mais nulle place, en ces temps hideux, n’existe pour les gens honnêtes, les chevaliers !

Elle est belle, très probe, brillante en électronique et en économie. Mais ils ont voulu métamorphoser le ministère de l’Intérieur et ils y ont introduit Raya al-Hassan, alliance de la science et de la moralité, plus destinée à diriger les ministères du Tourisme ou de la Culture… Il fallait cependant transformer coûte que coûte le ministère de l’Intérieur… Nouhad Machnouk avait frayé la voie. Nous avons accusé le colonialisme de mécréance, mais nous sommes devenus bien plus impies après nous en être libérés ! Nous avons courtisé la liberté, mais quand nous l’avons vue nue devant nous, nous avons perdu la tête et l’avons dévorée… Nous avons combattu la mentalité policière, mais nous avons été plus terribles que toutes les polices du globe !

Ils n’enseignent plus à leurs enfants les principes de la religion, sa culture, sa moralité, mais se contentent d’imposer le hijab pour cacher leur imperfection « morale ». Le pouvoir est désormais un gendarme qui nous suit secrètement, et notre pain a le goût de l’interrogatoire.

Du Golfe à l’océan… des tribus bafouent tout. Plus de pensée, plus de culture.

Le Liban, qui était vert et beau, n’est plus que barrages, postes de police et chiens errants !

Nous sommes le seul pays qui traite l’assassin avec douceur et lui fait bénéficier des circonstances atténuantes s’il tue sa sœur ou sa femme pour l’honneur.

Nous possédons, avec la « oumma » arabe, un Livre saint où figure le mot « Lis », mais la oumma arabe est en dépit de cela l’une des nations qui lit le moins dans le monde ou, plus exactement, qui ne lit pas.

Nous sommes devenus partie d’une nation qui pose la « fatwa » au-dessus de la loi et qui dit en toute impudence qu’elle est le pays de la loi.

Nous sommes un pays incapable de fabriquer une brosse à dents en ces temps modernes, mais qui n’hésite pas à se vanter de sa culture perdue.

Le Liban est devenu le seul pays qui insulte l’Occident et qui vit à sa charge en tout.

Le Liban est le seul pays à interdire tous les arts humains et à ne reconnaître que la calligraphie.

Georges Zreik, Dieu ait ton âme… Tes enfants sont à présent à la charge du reste des gens honnêtes de ce pays, ce qui reste du Liban d’avant Aïn el-Remmaneh. Mais existe-t-il de printemps dans le Liban du désespoir ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.

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Wlek Sanferlou

Effectivement on est laissés avec les poires au guidon

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND IL NE RESTE QUE L,ESPOIR C,EST QU,ON EST DEJA EN DESESPOIR !

gaby sioufi

desesperant de verites !

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