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Moyen Orient et Monde

Bachir résiste, la contestation aussi

Soudan
OLJ
20/02/2019

Au chômage de longue date malgré son diplôme d’ingénieur, Osman Souleimane fait partie des milliers de Soudanais qui descendent quasi quotidiennement dans les rues depuis deux mois pour demander la « chute » du président Omar al-Bachir, après trois décennies au pouvoir. « Il faut mener notre bataille si nous voulons garantir notre futur et le futur de notre pays », affirme à l’AFP ce manifestant qui assure n’avoir aucune intention d’en rester là.

Pays en plein marasme économique, le Soudan est secoué par un mouvement de contestation qui entre aujourd’hui dans son troisième mois. Déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont transformées en contestation du président Bachir, qui tient le pays d’une main de fer depuis 1989. Inébranlable face à ce qui constitue, selon des experts, son plus grand défi en trois décennies, le chef de l’État de 75 ans envisage de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2020. Face à lui, « la ténacité des manifestants a été jusqu’ici impressionnante », estime Murithi Mutiga, du centre d’analyse International Crisis Group (ICG), alors même que les autorités n’hésitent pas à employer la force pour disperser les rassemblements. Selon un bilan officiel, 31 personnes sont mortes depuis le 19 décembre. L’ONG Human Rights Watch (HRW) évoque le chiffre de 51 morts, dont des enfants et du personnel médical. Des centaines de manifestants, dont des chefs de l’opposition, des militants et des journalistes, ont été emprisonnés par le puissant service de renseignements (NISS).

Prévoir l’après-Bachir

« Deux mois ont passé, mais l’élan du mouvement demeure et la participation de la population s’est étendue géographiquement et en termes de classes socio-économiques », analyse M. Mutiga.

Parti de la petite ville ouvrière d’Atbara (Est), ce mouvement s’est propagé à travers le pays jusqu’à la capitale Khartoum et sa ville voisine Omdourman, peinant en revanche à mobiliser dans les États du Darfour, du Nil bleu et du Kordofan-Sud, touchés par des conflits. « Malgré la violence du régime, le mouvement s’est étendu jusque dans les zones rurales », se félicite pour sa part Mohammad Youssef, porte-parole de l’Association des professionnels soudanais (APS), qui regroupe notamment enseignants, médecins et ingénieurs, et mène la contestation. « Nous pensons que le mouvement ne va pas s’arrêter puisque de nouveaux groupes l’ont rejoint », ajoute-t-il.

Al-Oumma, principal parti d’opposition, a apporté son soutien aux manifestants, tout comme son chef, Sadek al-Mahdi, ancien Premier ministre chassé du pouvoir lors du coup d’État de 1989.

L’APS a appelé les formations politiques et les militants à signer un « document pour la liberté et le changement » qui expose les grandes lignes d’un plan pour l’après-Bachir, prévoyant une refonte du système judiciaire et des mesures pour juguler la crise économique.

Au-delà de la baisse des subventions du pain, le Soudan, amputé des trois quarts de ses réserves de pétrole depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011, est confronté à une inflation de près de 70 % par an et fait face à un grave déficit en devises étrangères.

« Impasse »

À la frustration de longue date de la population s’ajoute désormais la volonté des manifestants de se rassembler au nom des protestataires détenus ou morts en « martyrs » depuis le début du mouvement, qui rassemble étudiants et professionnels, femmes et hommes.

Une détermination que n’ont pas entamée les efforts des forces de sécurité pour empêcher les manifestants d’accéder au centre de Khartoum, ceux-ci se regroupant alors dans les périphéries de la capitale, parfois de nuit.

« Les manifestations ont duré longtemps, mais la réalité, c’est que la contestation s’est essoufflée (...) car les protestataires manquent de soutien populaire », affirme Ibrahim al-Siddiq, porte-parole du Parti du Congrès national (NCP) du président.

Selon des experts, le soutien des forces de sécurité au régime et la résilience de M. Bachir ont conduit la situation dans une « impasse ». « Le président est vraiment entêté et les manifestants vraiment déterminés », note l’expert du ICG.

Pour contrer les manifestations, le président Bachir a lui-même organisé des rassemblements, et promis le développement à travers le pays et la paix dans les zones de guerre. La seule façon de changer le pouvoir en place est de passer par les urnes, a-t-il argué en janvier.

« Peut-être que la violence empêche beaucoup de Soudanais de descendre dans la rue, mais si le mouvement s’essouffle, un autre le remplacera », assure Osman Souleimane.

Jay DESHMUKH,

Abdelmoneim ABU IDRIS ALI/AFP

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