Lindsey Vonn (portant un casque) et Mikaela Shiffrin (lui faisant face) se sont peu côtoyées en carrière, entretenant un mélange de respect mutuel et de petites tensions liées à leurs statuts. Hier, lors du super-G des Mondiaux d’Åre, c’était la dernière fois que les trajectoires des deux étoiles du ski féminin se croisaient. Leonhard Foeger/Reuters
Lindsey Vonn et Mikaela Shiffrin, les deux stars américaines du ski féminin, se sont peu côtoyées en carrière, entretenant un mélange de respect mutuel et de petites tensions liées à leurs statuts.
Les deux phénomènes semblent faits du même bois : alors que Vonn prend sa retraite après les Mondiaux d’Åre (Suède), Shiffrin a depuis longtemps pris l’ascendant sur son aînée de près de 11 ans et sur le ski mondial qu’elle écrase, comme l’avait fait Vonn du temps de sa splendeur. « Elles sont toutes les deux très exigeantes avec elles-mêmes, avec le staff qui travaille avec elles », résume l’Italien Alberto Senigagliesi, qui les entraînait lorsqu’il dirigeait le groupe de vitesse américain. « Ce sont deux athlètes qui ne lâchent rien, qui savent très bien ce qu’elles veulent et comment il faut faire pour obtenir un résultat », ajoute-t-il.
L’excellence les aurait-elle rendues complices ? « Pour être franche, on ne se voit pas très souvent », coupe court la souriante Mikaela Shiffrin, soudain sérieuse lors d’une interview en décembre dernier. « On n’a pas trop eu le temps de s’apprivoiser, sauf lors de certains camps d’entraînement », plaide la double tenante du globe de cristal, qui invoque les multiples blessures de Vonn (quatre fois tenante) qui l’ont régulièrement éloignée des pistes depuis 2013. Et la prochaine fin de carrière de Vonn (34 ans) ? « La carrière de Lindsey n’a pas vraiment d’impact sur la mienne », répond Shiffrin. La skieuse de Vail (Colorado) fonce depuis ses débuts internationaux (elle compte aujourd’hui 56 victoires en Coupe du monde à 23 ans) et les comparaisons du type « la nouvelle Vonn » avaient le don de l’agacer, laissant imaginer une rivalité naissante, alors que les deux championnes olympiques (deux titres pour Shiffrin, un pour Vonn) se croisent peu jusqu’en 2015, lorsque la cadette se risque sur les épreuves de vitesse.
Quelques petits incidents émaillent pourtant leur relation : Vonn a raconté en 2014 au groupe de médias USA Today avoir ouvert sa porte à Shiffrin lors de ses débuts, un geste apparemment ignoré, ce dont ne s’est pas souvenue Mikaela. Autre accroc en novembre 2017 lorsque Vonn, 82 victoires en Coupe du monde, se vexe sur Twitter d’un article dithyrambique du magazine américain Outside sur sa compatriote. Mais Shiffrin, très attentive à son image comme son aînée, avait alors désamorcé la tension d’un simple tweet : « Crois-moi Lindsey, nous savons tous que tu es la plus grande de tous les temps et que j’en suis encore très loin. » Sur ce réseau social d’ailleurs, la différence de notoriété reste flagrante entre Vonn, régulièrement mannequin en une des magazines qui dépasse le million d’abonnés, et Shiffrin, très active mais beaucoup moins suivie (148 000 abonnés). « Lindsey, c’est une fille plus médiatique dans sa vie privée (autrefois partagée avec la star du golf Tiger Woods). Shiffrin est plus réservée, elle a son entourage familial, elle est protégée », note Alberto Senigagliesi.
Malgré leurs différences, les deux blondes au sourire éclatant ont pu se tirer vers le haut, notamment sur les épreuves de vitesse que Shiffrin a appris à maîtriser avec le temps. « Quand Shiffrin s’entraîne avec Vonn, elle la prend comme exemple, elle essaie de faire mieux qu’elle », note M. Senigagliesi, aujourd’hui directeur de l’équipe de France féminine lors des stages d’été en hémisphère sud. « Vonn voit Shiffrin qui arrive sur ces entraînements de vitesse et qui skie vite, elle fait le maximum pour la battre, c’est sûr qu’il y a de la compétition tous les jours », conclut-il.
Tous les jours jusqu’à hier : Shiffrin ne participant pas à la descente de dimanche aux Mondiaux d’Åre, c’était la dernière fois que les deux étoiles dévalaient la même piste.
Robin GREMMEL/AFP

