Le nouveau gouvernement de Saad Hariri est formé de 30 ministres, dont quatre femmes. Photo fournie par Hoda Chédid
Le nouveau gouvernement qui a vu le jour jeudi dernier a tenu samedi son premier Conseil des ministres au palais de Baabda, sous la présidence du chef de l’État, Michel Aoun. Après des atermoiements de neuf mois pour mettre le cabinet sur pied, place maintenant au travail pour forger la déclaration ministérielle, habituellement source de nombreux débats, notamment au sujet de la mention de la résistance affiliée au Hezbollah.
« Nous avons devant nous de nombreux défis auxquels nous devons faire face en étant solidaires, a dit M. Aoun lors de la réunion. Les circonstances ne nous permettent pas de perdre du temps. » Le président a par ailleurs appelé à valider « rapidement » la déclaration ministérielle et souligné que le gouvernement est un « gouvernement d’union nationale qui doit rester solidaire pour mettre en œuvre des projets importants pour les citoyens ». M. Aoun a en outre assuré qu’il n’y avait pas de craintes pour la livre libanaise.
Le Premier ministre Saad Hariri a, de son côté, indiqué que « des décisions difficiles doivent être prises dans tous les domaines, notamment au niveau de la réforme des lois et pour mettre un frein au gaspillage et à la corruption ». « Nos différends doivent rester hors du Conseil des ministres (…). La solidarité gouvernementale est la base et la seule voie pour faire face aux défis », a-t-il dit.
Les trente nouveaux ministres avaient posé plus tôt dans la journée pour la photo de famille au palais présidentiel. Les prochaines réunions du gouvernement auront lieu chaque jeudi à 11h.
La déclaration ministérielle
Une commission de dix ministres a été chargée par le gouvernement de préparer le texte de la déclaration ministérielle. Elle est composée de Saad Hariri et des ministres de l’Information Jamal Jarrah (Futur), de l’Éducation Akram Chehayeb (Parti socialiste progressiste), des Finances Ali Hassan Khalil (Amal), des Travaux publics et des Transports Youssef Fenianos (Marada), de l’Économie Mansour Bteich (CPL), de la Jeunesse et des Sports Mohammad Fneich (Hezbollah), ainsi que des ministres d’État pour le Développement administratif May Chidiac (Forces libanaises), les Affaires des réfugiés Saleh Gharib, et les Affaires présidentielles Salim Jreissati.
M. Aoun a demandé que le texte soit prêt rapidement pour que le gouvernement puisse se mettre au travail dans moins d’un mois. Le président du Parlement Nabih Berry a pour sa part assuré qu’il sera prêt d’ici à une semaine. Un brouillon de 10 pages est déjà prêt et doit être étudié une première fois par la commission aujourd’hui à 11h.
Concernant la mention du point litigieux sur la résistance, M. Hariri a indiqué que la formule adoptée en décembre 2016 dans la déclaration ministérielle du gouvernement sortant allait être maintenue telle quelle. La question de la résistance y avait été abordée par le biais d’une formule qui regroupait le discours d’investiture du président Aoun et la déclaration ministérielle du gouvernement précédent, présidé par Tammam Salam. « Concernant le conflit avec Israël, nous n’épargnerons aucun effort ni aucune résistance afin de libérer ce qui reste comme territoires libanais occupés et de protéger notre patrie d’un ennemi qui continue de convoiter nos terres, notre eau et nos richesses naturelles », était-il notamment écrit dans la dernière déclaration ministérielle.
Le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, s’est montré dimanche optimiste quant à une « adoption rapide » du texte en question. « Cette déclaration ministérielle se basera sur le texte de la déclaration précédente, à laquelle seront ajoutés des sujets essentiels liés à la situation économique et financière, notamment ceux issus de la conférence internationale dite CEDRE », au cours de laquelle 11 milliards ont été promis au Liban, a affirmé M. Khalil, dont le mandat aux Finances a été reconduit.
La conférence de presse de Bassil
Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, s’est exprimé samedi lors d’une longue conférence de presse pour faire le bilan du travail du Courant patriotique libre. M. Bassil, qui s’est excusé auprès des Libanais pour le retard pris dans la formation du gouvernement, a notamment dénoncé « une tentative d’empêcher le président de la République d’intervenir dans la formation du gouvernement et de donner son avis ». Il a souligné que « le président était un partenaire-clé en coopération avec le Premier ministre désigné ». Il a aussi dénoncé une tentative « d’empêcher le président Aoun et son équipe d’obtenir le tiers de blocage ». « Le tiers est ce que nous méritons en tant que bloc et ce que mérite le président », a assuré M. Bassil.
Le ministre a en outre appelé à une rotation des portefeuilles ministériels, en particulier des portefeuilles régaliens. « Par le passé, ils étaient tous avec la rotation des portefeuilles pour m’écarter du ministère de l’Énergie, aujourd’hui ils ne la réclament plus », a-t-il dénoncé assurant que son parti restait attaché à ce principe. M. Bassil, qui était ministre des Affaires étrangères dans le précédent gouvernement Hariri, l’est toujours dans le nouveau cabinet.
« Au niveau du Courant patriotique libre, nous étions en mesure d’obtenir les ministères des Finances, de l’Intérieur, des Travaux publics et de l’Agriculture, mais nous avons fait des concessions majeures », a-t-il ajouté. Il a indiqué que son parti n’avait pas non plus réussi à obtenir « un siège ministériel pour les minorités chrétiennes et musulmanes ». « Il n’était pas facile de préserver les droits et d’insister pour la formation du gouvernement », a-t-il encore dit.
Le ministre a, par ailleurs, indiqué que son groupe a réussi à assurer au sein du cabinet la parité (confessionnelle), à former un gouvernement d’union nationale reflétant la représentation parlementaire et à assurer une représentation équitable.
Réagissant à ces propos, le député Fayçal Karamé, membre de la Rencontre consultative sunnite, a sévèrement critiqué samedi le chef du CPL. « Pourquoi Gebran Bassil insiste à raviver les tensions et faire croire qu’il est victorieux ? » s’est demandé le député de Tripoli. « Nous souhaitons que M. Bassil n’indispose pas Hassan Mrad (ministre d’État pour le Commerce extérieur) en le présentant comme membre de son groupe parlementaire, car ceci n’est pas le cas, et M. Mrad l’a déjà dit à plus de deux reprises », a ajouté Fayçal Karamé.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve