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Liban

Talal Arslane comparaît devant le premier juge d’instruction du Mont-Liban

Crime de Choueifate

« Nous ne sommes pas des meurtriers », clame le zaïm de Khaldé ; « des indices se sont évaporés », accuse Joumblatt.


Fady NOUN | OLJ
24/01/2019

Peut-on encore parler de justice dans des affaires où le judiciaire et le politique sont si inextricablement mêlés ? Dans une démarche au timing obscur mais aux objectifs évidents, et conformément à des intentions manifestées à l’issue des incidents de Jahiliyé (Chouf, décembre 2018), entre les renseignements des FSI et des partisans de l’ancien ministre Wi’am Wahhab, le député Talal Arslane, escorté par un grand nombre de partisans, s’est rendu hier au rendez-vous qui lui a été pris au Palais de justice de Baabda, où il comparaissait à sa demande en témoin devant le premier juge d’instruction du Mont-Liban, Nicolas Mansour, dans l’affaire de la mort violente à Choueifate, en mai dernier, d’un jeune membre de la Défense civile et partisan du Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt, Ala’ Abou Faraj.

Ce dernier avait été atteint par l’éclat d’une roquette de type RPG tirée, selon des témoins, par Amine Souki, le chef du service de sécurité de M. Arslane, au cours d’affrontements déclenchés par des échanges verbaux virulents dans les médias entre M. Arslane et le député Akram Chehayeb (PSP). Après les incidents, le meurtrier présumé avait trouvé refuge au domicile de M. Arslane, avant d’être exfiltré en Syrie, où il se trouve toujours.

Prenant la parole à l’issue de sa déposition, sur le perron du Palais de justice, M. Arslane a expliqué en substance qu’il avait démontré, vidéos à l’appui, que les preuves de la culpabilité du chef de son service de sécurité ne sont pas établies et que sa culpabilité repose sur « des indices falsifiés, manipulés ».

L’attaché de presse de M. Arslane assure, rappelle-t-on, qu’Amine Souki se trouvait à Sin el-Fil, en compagnie de ce dernier, au moment des affrontements.

« Une grande erreur du parquet »

« Une grande erreur a été commise quand le parquet a décidé d’engager, sans la moindre preuve, des poursuites contre huit jeunes gens, le 16 mai dernier (2018), et je dispose des noms de plus de 24 témoins qui le prouvent », a-t-il lancé, avant d’affirmer qu’il aspire, comme leader, à connaître la vérité de la mort de Ala’ Abou Faraj.

« La réunion a été excellente, a encore déclaré M. Arslane devant le Palais de justice. Dans mon témoignage, j’ai évoqué la manipulation de la scène du crime et des indices, ainsi que la dissimulation des armes. Nous ne sommes pas des meurtriers et nous sommes prêts à aider à dévoiler l’identité de l’assassin. Il est honteux d’accuser Amine Souki et d’autres jeunes sans preuves. »

« Ce qui s’est passé à Choueifate est le résultat d’une décision politique prise à l’avance et le pouvoir judiciaire doit assumer pleinement ses responsabilités sans faire de concessions », a-t-il insinué.

Par ailleurs, M. Arslane a porté plainte à son tour contre des partisans de Walid Joumblatt qui ont pris d’assaut son bureau, au « palais Arslane de Choueifate », assurant avoir lui-même été « victime d’une tentative d’assassinat ».

Sans doute dans une tentative de parvenir à une espèce de match nul judiciaire, et se donnant en exemple de civisme et de confiance dans la magistrature, M. Arslane a exigé du parquet qu’il interroge tous les témoins qu’il a cités dans sa propre déposition, estimant que les jeunes gens qui ont perpétré l’assaut contre son bureau et qu’il accuse d’avoir voulu l’assassiner, et ceux qui avaient participé aux affrontements qui ont conduit à la mort de Ala’ Abou Faraj, doivent être jugés suivant les mêmes critères, et qu’entre-temps, ils bénéficient de la présomption d’innocence.

Joumblatt : « Disparition des indices »

Pour sa part, cité indirectement par une télévision, M. Joumblatt se serait étonné de ce que le dossier de l’enquête préliminaire n’ait été transmis au juge d’instruction que 43 jours après les incidents. Dans un tweet ultérieur, il s’est étonné de « la disparition des indices, comme par enchantement » dans l’affaire de Mohammad Abou Diab, à l’instar de ce qui s’est passé dans l’affaire Ala’ Abou Faraj «.

Garde du corps de Wi’am Wahhab, Mohammad Abou Diab a été tué par balle, lors de la tentative avortée des renseignements des FSI de forcer M. Wahhab à les suivre, pour répondre d’insultes publiques à la mémoire de Rafic Hariri. Il pourrait avoir succombé à une balle perdue tirée par son propre camp, mais M. Wahhab insiste pour en faire une victime. Là aussi, semble-t-il, les expertises anthropométriques et balistiques auraient été escamotées comme par enchantement ». En tout état de cause, l’opinion est tenue dans l’ignorance totale des conclusions de l’enquête préliminaire dans une affaire dont le retentissement a été national et qui a failli gravement dégénérer, ce qui ne manque pas de nourrir les soupçons de manipulation.

Dualisme forcé

En filigrane de ces développements judiciaires et du manque de transparence qui leur est reproché, c’est le malaise politique qui transparaît, avec une volonté évidente, depuis les élections législatives de mai dernier et le processus de formation du nouveau gouvernement, d’affaiblir le leadership de Walid Joumblatt et de consacrer, même en le forçant, un dualisme au sein de la communauté druze.

À cet égard, de vives critiques ont été adressées hier aux services officiels par le groupe parlementaire de M. Joumblatt qui, réuni sous la présidence de Taymour Joumblatt, a dénoncé « le manquement protocolaire délibéré » dont a souffert le cheikh Akl druze Naïm Hassan, en voyant qu’un autre dignitaire religieux druze sans fonction officielle, mais considéré comme son rival par le tandem Talal Arslane-Wi’am Wahhab, siégeait à ses côtés au sommet économique arabe.

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gaby sioufi

ON VOUDRAIT ENCORE REAGIR SEULEMENT TRISTEMENT A CETTE MASCARADE,
ON AURAIT VOULU ENCORE PARLER DE TRAGI-COMEDIE AU VU DE CE SCANDAL,
MAIS MAIS NON, FINI, IL NE S'AGIT PLUS DE MASCARADE NI DE TRAGI-COMEDIE ,
IL S'AGIT DU SAPE DE CE QUI NOUS RESTE ENCORE DE DIGNITE EN TANT QUE CITOYEN LIBANAIS.

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