Ce qui se passe aujourd’hui au Liban me fait penser au conte de Hans Christian Andersen Les habits neufs de l’empereur, publié en 1837 et qui a bercé notre enfance. Pour vous rafraîchir la mémoire, je vais le résumer brièvement. Il y a de longues années vivait un empereur qui n’aimait rien tant que les beaux habits. Ce désir de s’accoutrer des vêtements les plus brillants pour plaire, s’admirer et se montrer était tel qu’il finit par succomber à une escroquerie. Deux (ou plusieurs) filous qui se prétendaient tisserands affirmèrent qu’ils pouvaient tisser la plus belle étoffe que l’on pût imaginer, dont l’étonnante propriété était d’être seulement visible pour les gens honnêtes, forts et intelligents. Elle était donc invisible aux yeux des imbéciles, des traîtres et de tous ceux « qui ne correspondaient pas à leurs fonctions ». On peut facilement imaginer la suite. Les brigands firent semblant de tisser un costume qui n’existait pas et invitèrent tous ceux qui s’en approchaient à admirer les magnifiques habits qu’ils simulaient de confectionner pour l’empereur. Afin de ne pas passer pour des imbéciles, des traîtres ou de reconnaître qu’ils n’étaient pas aptes à exercer leurs fonctions, tous, y compris l’empereur, firent mine de s’extasier sur ces magnifiques vêtements invisibles. C’est ainsi que l’empereur lui-même, invité à défiler dans son royaume, se promena tout nu, avec des courtisans qui faisaient semblant de porter une traîne qui, en réalité, n’existait pas.
Les sujets, qui ne voulaient pas passer pour des imbéciles, des traîtres ou des impolis, admiraient et ovationnaient l’empereur revêtu de ses magnifiques vêtements invisibles. Ce folklore couvrait en somme la nudité de l’empereur. Personne ne voulait reconnaître qu’il n’y avait rien à voir, que l’empereur était en réalité nu, de crainte de paraître sot, d’être humilié en public ou de peur d’avoir à avouer qu’il n’était pas à la hauteur des fonctions qu’il occupait.
Le simulacre de cérémonie se poursuivit et se répéta sans accroc jusqu’au moment où un tout petit enfant naïf s’écria que l’empereur était nu et qu’il n’avait pas d’habit du tout ! Ce cri de vérité fit frissonner l’empereur, trembler les courtisans, mais n’empêcha pas le folklore de se poursuivre et la parade de se prolonger ; le cortège suivit son cours avec « les adulateurs [qui] continuèrent de porter la traîne, qui n’existait pas », et les sujets [qui] continuèrent de s’extasier devant la brillance des vêtements illusoires.
Ainsi va le pouvoir au Liban. Il passe et défile, et nous n’avons même plus le courage de voir ou de crier qu’il est nu. Notre aveuglement collectif volontaire à voir la nudité du pouvoir a peut-être une explication. Derrière lui se tiennent des hommes avec des fusils (et des missiles).


JE PARLERAIS DE DECULOTTAGE DU SUPPOSE EMPEREUR PLUTOT ! A ANALYSER CES MOTS ET LES COMPRENDRE...
10 h 58, le 05 janvier 2019