La nouvelle secrétaire générale de l’Union démocrate-chrétienne (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer, converse avec la chancelière Angela Merkel, au congrès du parti hier à Hambourg. AFP / Odd ANDERSEN
Annegret comment ? À peine connue en Allemagne il y a deux ans, la Sarroise au nom quasi imprononçable a décroché hier la présidence du parti conservateur CDU, malgré sa proximité avec une Angela Merkel contestée.
Annegret Kramp-Karrenbauer est baptisée le plus souvent par ses initiales « AKK », mais aussi par ses détracteurs « Merkel 2 », « Merkel bis » voire un peu dédaigneusement « mini-Merkel », en raison de sa fidélité à la chancelière qu’elle remplace à ce poste.
Elle va désormais avoir fort à faire pour maintenir la cohésion des démocrates-chrétiens, après n’avoir été élue à la tête du mouvement qu’avec une courte majorité de 51,7 % lors d’un congrès à Hambourg, face à Friedrich Merz, qui entendait opérer un virage nettement à droite par rapport au cap centriste imprimé pendant près de deux décennies par la chancelière. Mme Kramp-Karrenbauer a exclu de repositionner le mouvement du centre vers la droite dure, dans l’espoir de récupérer les électeurs conservateurs tombés dans l’escarcelle de l’extrême droite. Pour elle, il est plus pertinent d’ « élargir le centre », d’autant plus que le parti perd aussi des voix en direction des écologistes. Son partenaire gouvernemental minoritaire au sein de la coalition, le Parti social-démocrate, ne s’y est pas trompé : « Vous prenez le relais d’une grande » de la politique, a souligné sa présidente Andrea Nahles, avant de lui proposer « une bonne collaboration ».
Avec cette catholique de 56 ans, les délégués de la CDU, un parti qui a gouverné l’Allemagne pendant un demi-siècle au cours des 70 ans écoulés, ont donc fait le choix d’une certaine continuité : cette femme aux cheveux courts assume globalement l’héritage « merkelien » et n’a pas manqué d’embrasser son mentor au moment d’atteindre le podium, sous les « AKK! AKK ! » du public. Sa nomination augmente par ailleurs les chances que Mme Merkel parvienne à boucler son mandat de chancelière en 2021, comme elle le souhaite, alors que beaucoup ne la voient pas survivre aux élections européennes de mai 2019 en cas de nouvelle sanction des partis traditionnels (CDU et SPD).
« Gretel, la femme de ménage »
Dans le style, AKK et Angela Merkel se rejoignent aussi. La Sarroise n’a, comme Merkel, rien d’une oratrice brillante.
Mais elle est également « toujours soigneusement préparée, très vive et pleine de confiance en elle », souligne le journal berlinois Tagesspiegel. Et elle veut devenir chancelière une voie que lui ouvre à terme son accession à la présidence du parti. Une biographie parue en octobre intitulée « Je peux, je veux et je serai » égrène les témoignages de caciques de la CDU.
Au-delà, celle qui est entrée au parti il y a près de 40 ans a son propre parcours et ses convictions pour certaines nettement plus radicales que celles de son modèle sur les sujets de société et la politique migratoire. Elle s’en est prise en particulier au mariage pour tous légalisé par le gouvernement Merkel, qu’elle considère comme une « erreur » car susceptible d’ouvrir la voie à « d’autres revendications comme un mariage entre proches parents ou plusieurs personnes ». Elle a aussi plaidé pour une expulsion immédiate de tout réfugié reconnu coupable d’actes criminels, y compris des Syriens.
Née le 9 août 1962 à Völklingen, elle est élevée dans une famille catholique traditionnelle de six enfants. Mariée depuis 34 ans, elle en a même trois. Quand Merkel est protestante, divorcée, remariée et sans enfants. Après des études de droit et de sciences politiques, AKK entre au gouvernement de Sarre où elle gravit rapidement les échelons, pendant que son mari s’occupe d’élever les enfants.
Elle devient ministre à partir de 2000, tour à tour de l’Intérieur, du Travail, de la Famille, des Sports et de la Justice. « Il n’y a pas de tâche qu’on ne puisse pas confier à Annegret », a loué le chef du gouvernement local Peter Müller.
En 2011, elle prend la tête de ce petit Land à la frontière de la France, où elle est très populaire, également pour son sens de l’autodérision. Chaque année, cette fan de carnaval se produit sur scène sous le personnage de « Gretel, la femme de ménage » qui râle en dialecte sarrois contre la politique berlinoise. Pas du tout le style de Merkel. Elle acquiert une notoriété nationale seulement en mars 2017; quand elle remporte des élections locales très serrées contre les sociaux-démocrates. Près d’un an plus tard, elle rejoint Berlin en tant que secrétaire générale du parti. Là aussi, elle domine son sujet et surprend les plus sceptiques par ses qualités de dirigeante, affirmait récemment le journal Frankfurter Allgemeine Zeitung, avant de résumer : « Elle est plus générale que secrétaire. »
Isabelle LE PAGE / AFP


Washington condamne « l'attaque scandaleuse » imputée à l'Iran ayant visé l'aéroport à Koweït