Naser Oric a été définitivement acquitté d’accusations de crimes de guerre hier à Sarajevo. Reuters/Zoran Lesic/Pool/File photo
L’ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica Naser Oric a été définitivement acquitté d’accusations de crimes de guerre hier à Sarajevo, un verdict accueilli par la colère des Serbes de Bosnie contre la justice de ce pays divisé.
Naser Oric, 51 ans, et son frère d’armes Sabahudin Muhic, 50 ans, « sont acquittés de l’accusation » d’avoir assassiné trois militaires serbes capturés dans les environs de Srebrenica (Est) pendant la guerre de 1992-1995, selon le jugement.
« Je pense que le temps est venu que je me repose un peu. Cette chasse contre moi dure depuis trop longtemps », a commenté dans des médias locaux l’ancien colonel, déjà acquitté en 2008 par la justice internationale, après plusieurs années de détention.
Héros pour de nombreux Bosniaques musulmans (50 % de la population), Naser Oric a été soutenu par des partisans qui ont laissé libre cours à leur joie devant le tribunal. « Héros! Pas criminels ! » pouvait-on lire sur des pancartes.
Mais les Serbes de Bosnie, qui pèsent pour un tiers de la population, n’ont pas dissimulé leur colère et leur défiance envers les institutions centrales d’un pays qui ne surmonte pas ses divisions, un quart de siècle après un conflit intercommunautaire soldé par quelque 100 000 morts et plus de deux millions de déplacés.
Naser Oric, 51 ans, est un des combattants bosniaques les plus emblématiques de la guerre. Ses troupes ont tenu pendant plus de trois ans le siège imposé à Srebrenica par les forces serbes de Ratko Mladic. Alors que Naser Oric l’avait quittée pour une réunion du commandement bosniaque à Sarajevo, l’enclave musulmane, pourtant placée sous la protection de l’ONU, était tombée en juillet 1995. En quelques jours, plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques avaient alors été massacrés par les forces serbes dans les alentours de Srebrenica, pire tuerie sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Considéré comme un acte de génocide par la justice internationale, ce massacre a valu une condamnation à Mladic (perpétuité) ainsi qu’au propagandiste serbe de l’épuration ethnique, Radovan Karadzic (40 ans de réclusion). Mais pour les Serbes, Naser Oric et ses troupes avaient aussi commis des exactions pour vider de leur population serbe des villages du secteur de Srebrenica. Des associations de victimes estiment que 2 428 civils et militaires serbes ont été tués dans cette zone entre 1992 et 1995.

