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Économie

Pourquoi des Jordaniens affluent désormais en Syrie ?

Commerce
OLJ
12/11/2018

Après avoir combattu au sein d’un groupe rebelle dans le Sud syrien, Bahaa al-Masri s’est reconverti. À la frontière avec la Jordanie, il vend douceurs orientales et biscuits au sésame aux Jordaniens qui affluent pour faire leurs courses. Avec la réouverture du poste-frontière de Nassib mi-octobre, les Jordaniens viennent désormais se ravitailler dans la Syrie en guerre, achetant fruits et légumes, mais aussi des cigarettes, à des prix bien plus bas que dans leur pays.

Après trois années de fermeture, Nassib (appelé Jaber côté jordanien, NDLR) a été reconquis en juillet par Damas, au terme d’une offensive militaire et d’accords de reddition qui ont permis aux rebelles de déposer les armes ou d’être évacués vers d’autres bastions insurgés du pays.

M. Masri fait partie de ceux qui ont préféré rester et régulariser leur situation auprès des autorités. Sur une aire de repos près du poste-frontière, il compte les boîtes de pâtisseries calées dans un panier en plastique à l’arrière de sa moto.

« Cela fait deux semaines que je viens ici tous les jours. Je vends des gâteaux aux Jordaniens qui viennent parce que c’est moins cher », raconte le jeune homme, vêtu d’un blouson noir, bonnet de laine enfoncé sur le crâne. Il dit écouler quotidiennement entre 27 et 30 boîtes, qu’il vend pour l’équivalent de quatre dollars l’unité. Pendant près de six ans, il a gagné sa vie en combattant les forces gouvernementales syriennes au sein d’un groupe rebelle de la province de Deraa, « berceau » du soulèvement de 2011 contre Damas. Aujourd’hui, il attend d’être convoqué pour son service militaire. « J’avais pris les armes pour pouvoir manger et vivre », confie M. Masri.

Essence moitié prix

Autour de lui, l’espace est envahi par des cageots débordant de légumes, d’oranges ou de grenades, mais aussi des cartons de cigarettes. Les infrastructures de Nassib n’ont pas été épargnées par les ravages de la guerre. Dans les bâtiments de la zone franche où des slogans rebelles sont toujours visibles, des ouvriers évacuent des monticules de gravats.

En attendant la fin des travaux, des salles en préfabriqué ont été installées par les autorités syriennes pour assurer le fonctionnement du poste-frontière. Patientant dans une file d’attente où se pressent des dizaines de personnes, Maflah al-Hourani est en route pour Damas. Il va récupérer une famille jordanienne ayant passé quelques jours de vacances dans la capitale syrienne.

Ce trajet, le quinquagénaire a désormais l’habitude de le faire quasi quotidiennement, pour transporter des touristes ou faire des courses. « Je ramène avec moi des fruits et des légumes, surtout des pommes de terre, des oignons, de l’ail, mais aussi des vêtements pour les enfants », se réjouit le chauffeur.

« Je fais aussi le plein pour ma voiture », ajoute-t-il, expliquant que dans la Syrie en guerre, le litre d’essence reste moitié moins cher qu’en Jordanie. Dans des files interminables, des camions frigorifiques attendent également d’entrer en Syrie, aux côtés de voitures parfois bourrées de valises, de matelas et de couvertures, dans lesquelles s’entassent des Syriens réfugiés en Jordanie qui ont décidé de retourner chez eux.

« Paradis » à touristes

Plaque tournante du commerce régional, la réouverture de Nassib doit permettre à la Syrie de normaliser ses échanges économiques avec ses voisins, selon des experts. Damas pourra exporter plus facilement et à moindre coût ses produits agricoles et d’autres marchandises, notamment vers les pays du Golfe et l’Irak. Depuis la mi-octobre, plus de 33 000 entrées ont été enregistrées à Nassib, contre 29 000 sorties, selon des chiffres officiels syriens. « Les entrées augmentent de jour en jour », assure à l’AFP le directeur du poste-frontière, le colonel Mazen Ghandour, précisant qu’il s’agit principalement de Jordaniens. « La plupart viennent faire des achats (...) ou pour le tourisme à Damas, ils en raffolent », ajoute-t-il.

C’est le cas de Mohammad al-Sayes, qui patiente, passeport à la main. Originaire d’une petite ville près de la frontière côté jordanien, c’est la deuxième fois qu’il se rend à Damas depuis la réouverture de Nassib. Avant le conflit, « on venait tous les jours en Syrie, parfois juste pour le petit déjeuner », lance le jeune homme de 25 ans, arborant une chemise bleue et une moustache soigneusement taillée. Aujourd’hui, il est de retour « pour le tourisme, pour les soirées et les bons repas », poursuit-il, s’enthousiasmant face aux prix « très bas ». « Quand la frontière a rouvert, c’est comme si le paradis s’ouvrait à nous », lance-t-il, un brin lyrique.

Layal ABOU RAHAL/AFP

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