Des rebelles syriens face aux positions du régime dans la province d’Alep, proche de celle d’Idleb, à quelques heures de la date butoir pour une zone « démilitarisée », le 14 octobre 2018. Omar Haj Kadour/AFP
Les forces du régime de Bachar el-Assad ont tué hier 23 rebelles dans le nord-ouest de la Syrie, l’assaut le plus meurtrier dans une zone appelée à être « démilitarisée » dans le cadre d’un accord russo-turc.
Des combats ont éclaté lorsque les forces gouvernementales se sont emparées d’une position contrôlée par la faction rebelle Jaïch al-Izza dans le nord de la province de Hama, voisine de celle d’Idleb, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Selon l’ONG, qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie, l’attaque a fait 23 morts et au moins 35 blessés dans les rangs des rebelles. L’OSDH n’était pas en mesure de dire si les forces progouvernementales avaient également subi des pertes. Celles-ci se sont retirées de la zone tampon après avoir attaqué la position rebelle, d’après la même source, qui a précisé que les combats avaient duré une bonne partie de la nuit. Il s’agit de l’assaut le plus meurtrier dans cette région du nord-ouest depuis l’annonce le 17 septembre d’un accord entre la Russie et la Turquie prévoyant une « zone démilitarisée » couvrant des secteurs de la province d’Idleb et d’autres régions voisines, d’après l’OSDH.
La province d’Idleb est l’ultime grand bastion insurgé et jihadiste du pays, et à ce titre dans le viseur de Bachar el-Assad, déterminé à reconquérir l’ensemble du territoire. L’accord conclu entre Moscou, allié du régime, et Ankara, soutien des rebelles, a permis de repousser une offensive de l’armée sur Idleb, qui risquerait selon l’ONU de provoquer une « catastrophe humanitaire ».
Large de 15 à 20 km, la « zone démilitarisée » prévue par l’accord doit servir de zone tampon entre les territoires insurgés d’Idleb et ceux tenus par le régime tout autour. Les groupes rebelles ont annoncé avoir retiré leur artillerie lourde des secteurs qui doivent former la future zone tampon mais l’échéance du retrait des jihadistes de ces mêmes secteurs avant le 15 octobre n’a pas été respectée. Ankara et Moscou ont depuis accordé un délai supplémentaire aux jihadistes.
Principalement actif dans la région de Latamné, dans la province de Hama, Jaïch al-Izza est un groupe rebelle autrefois soutenu par les États-Unis et ne fait pas partie du Front national de libération, l’alliance rebelle la plus importante dans la province d’Idleb. Après avoir rejeté l’accord russo-turc, il s’y est finalement plié et a retiré ses armes lourdes de la zone tampon envisagée.
Jusqu’à l’attaque d’hier, seuls quelques accrochages sporadiques ont eu lieu entre forces du régime et insurgés dans cette zone. Dix-huit civils et trois combattants ont été tués en deux mois. Des ONG ont fait état à multiples reprises de leur grande inquiétude en cas de lancement par le régime d’une offensive contre Idleb, craignant la pire catastrophe humanitaire depuis le début du conflit syrien en 2011. Aujourd’hui, quelque trois millions de personnes, dont la moitié sont des déplacés, vivent dans la province d’Idleb et les poches insurgées des régions voisines de Hama, Alep ou encore Lattaquié, selon l’ONU.
Vingt-six civils tués
Parallèlement, dix-sept otages druzes enlevés en juillet par le groupe jihadiste État islamique (EI) et libérés par l’armée syrienne sont rentrés chez eux dans la province syrienne de Soueida hier, a rapporté un média local. La veille, l’agence officielle syrienne SANA a indiqué que l’armée avait libéré 19 otages lors d’une opération contre les jihadistes. Mais ils n’étaient que 17 à retourner chez eux hier, selon la chaîne de télévision locale Soueida 24. Deux enfants ont été tués en tentant de s’échapper du camion à bord duquel ils étaient détenus par l’EI, lors d’affrontements avec l’armée, a indiqué la chaîne, citant une otage libérée. Ils étaient âgés de 13 ans, a précisé le directeur de Soueida 24, Nour Radwan.
Les druzes espéraient aussi le retour d’une otage que les jihadistes avaient affirmé avoir tuée sans toutefois en apporter la preuve, mais « il semble qu’ils ont tué cette femme début octobre », a-t-il ajouté. Un autre otage, un étudiant, avait été décapité en août. Une femme de 65 ans est morte en détention, de maladie selon l’EI. Les jihadistes avaient enlevé le 25 juillet une trentaine de personnes, principalement des femmes et des enfants, après une série d’attentats-suicide et d’assauts coordonnés visant les druzes à Soueida.
Enfin, vingt-six civils, dont 14 enfants, ont été tués hier dans des frappes aériennes de la coalition dirigée par Washington contre l’ultime poche du groupe État islamique (EI) dans l’est de la Syrie, a indiqué l’OSDH.
Source : AFP

