Sabyl Ghoussoub

Génération Orient III : #11 Sabyl Ghoussoub, 30 ans, écrivain

10/11/2018

L’œil espiègle, la barbe prospère et le nez… juif, Sabyl Ghoussoub promène avec désinvolture sa dégaine d’Arabe branché, entre Paris et Beyrouth. Ce trentenaire, qui affirme avoir aussi bien la tête d’un Libanais que d’un Iranien ou d’un Juif, aime autant les mots que les images. Ce qui le porte à alterner en permanence projets photographiques, écriture romanesque, chroniques journalistiques ou encore scénarios de film. D’où la difficulté à le classer dans un seul registre.

Sous de faux airs de dilettante, ce touche-à-tout artistique est, en réalité, un boulimique de travail. À la fois auteur, photographe, curateur d’expositions, organisateur de concerts, chroniqueur, blogueur… il a, à tout juste 30 ans, un parcours assez étoffé pour quelqu’un qui n’avait pas envie de faire des études. Son secret ? « Avancer au culot pour défoncer des portes. » Mais aussi, sans doute, se laisser porter par la curiosité intellectuelle et humaine, l’enthousiasme, le refus des tabous et des interdits et donc, forcément, le désir de dénoncer les faux-semblants. Autant de traits que l’on retrouve d’ailleurs chez Aleph, le héros de son premier roman, une autofiction, justement intitulée Le Nez juif, parue en mars 2018 aux éditions L’Antilope. Et qui a été encensée par la presse hexagonale.

Né à Paris, en 1988, Sabyl Ghoussoub y a grandi au sein d’une famille libanaise attachée à ses origines. Beit Chébab du côté paternel, et Kafar Abida dans la région de Batroun du côté maternel. Avec un frère de 11 ans son aîné musicien et un père professeur de langue arabe, Sabyl (qui signifie en libanais le chemin et la source) baigne très tôt dans la culture du pays du Cèdre. Des tubes d’Asmahan et de Feyrouz aux pièces de Ziad Rahbani, du hommos-taboulé aux émissions de la télé libanaise, en passant par les éternelles vacances d’août au Liban, il expérimente, très tôt, les sentiments ambivalents d’étouffement familial et de « bâtardise » par rapport à ses amis français ; ses intérêts pour tout ce qui touchait à la culture de la région du Moyen-Orient ne croisaient pas les leurs… N’ayant pas vraiment le goût, ou plutôt la patience, des longues études, le jeune homme pressé commence à travailler très tôt, au cours de ses années de lycée. Il organise des concerts, notamment pour la scène musicale libanaise émergente de l’époque, comme Zeid et Yasmine Hamdan qu’il suivait déjà… Preuve que Sabyl Ghoussoub a du nez !

« Mon yéhoudé »

Pour rassurer, quand même, ses parents, il s’inscrit en marketing de mode, tâte un peu de droit, mais suit surtout, en catimini, le cours Florent (son père ne voulant pas entendre parler de cours de théâtre). Après les deux ans réglementaires, il décroche son diplôme et décide de s’envoler, en 2008, pour le Liban. « Parce que, finalement, tout ce qui m’intéressait parlait de ce pays ou de la région. » D’autant que le bombardement israélien de juillet 2006, qu’il dénonce sur un blog créé à cette occasion, aura constitué un grand tournant, une sorte de guerre de trop, pour le jeune homme à la conscience politique déjà bien affirmée.

Mais voilà, au bout de 7 ans à Beyrouth, c’est à nouveau le sentiment d’étouffement, plutôt sociétal que familial cette fois, qui se fait ressentir. Sabyl Ghoussoub repart à Paris, où il entame alors l’écriture de son premier roman. Évidemment, il y aborde la question identitaire qui le tarabuste, lui le Franco-Libanais, né dans une famille chrétienne maronite aux sympathies propalestiniennes, et cependant surnommé, enfant, par sa mère « mon petit yéhoudé », à cause de son nez. Des paradoxes dont il s’amuse justement dans ce premier opus qui, sous son ton décalé, laisse pointer une réflexion pertinente, dénonciatrice des non-dits et faux-semblants qui font le lit des replis identitaires. Sinon, cet électron libre travaille actuellement sur un second roman. En parallèle, il coécrit une anthologie des musiques du monde arabe aux éditions Le Mot Et le Reste avec Coline Houssais. Il prépare également une exposition sur la photographie beyrouthine d’aujourd’hui, qui se tiendra à l’Institut des cultures d’Islam à Paris courant 2019. Et il continue à tenir son blog En attendant la guerre, hébergé sur Libération avec Laura Schwartz. En somme, il reste sur tous les fronts…

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