La réunion de l’Assemblée des évêques maronites sous la présidence du patriarche Raï. Photo Michel Akl
C’est un tableau catastrophique de la situation interne qui s’est dessiné hier à travers les phrases policées du communiqué final de l’Assemblée des évêques maronites, qui tenait à Bkerké sa réunion mensuelle, sous la présidence du patriarche maronite.
Alarmée par une « guerre interne » qui leur remet en mémoire les affrontements antérieurs à l’accord d’entente nationale de Taëf, et relevant avec inquiétude que « les mots peuvent avoir les mêmes effets que les balles », l’Assemblée a appelé à la formation du gouvernement avant la fête de l’Indépendance, non sans avoir dénoncé les « ingérences étrangères » qui, à la dernière minute, ont bloqué la formation du gouvernement.
Pour commencer, l’Assemblée a appelé à « supprimer de toute urgence les obstacles se dressant devant la formation d’un nouveau gouvernement, dans un esprit de responsabilité nationale et éthique ». Elle a regretté que « l’espoir (du peuple libanais) ait été anéanti par un nouvel obstacle de dernière minute qui a interrompu tout le processus de formation du gouvernement », et souhaité que la formation du gouvernement soit offerte aux Libanais comme « un cadeau pour la fête de l’Indépendance » (22 novembre).
Au passage, l’Assemblée a jugé regrettable que les portefeuilles ministériels fassent l’objet d’une classification en ministères « de poids », « régaliens » et « de services ». Et de réclamer la formation d’un gouvernement « homogène », en demandant aux ministres « de ne pas faire cavalier seul, comme s’ils étaient les maîtres absolus de leur fonction », et aux « décideurs communautaires » de ne pas « fausser la justice, de sorte que la loi soit appliquée de façon discrétionnaire ».
Dans l’attente d’un « futur gouvernement libéré des contraintes étrangères et locales à la fois », les évêques ont appelé le gouvernement à expédier les affaires courantes de manière dynamique « afin de régler, tant que possible, les affaires de l’État et des citoyens, notamment en ce qui concerne leur vie de tous les jours et les problèmes liés à l’électricité, la pollution, l’environnement, etc. ».
« La guerre interne se poursuit à travers les médias », a relevé enfin l’Assemblée, qui s’est dit « inquiète de l’escalade verbale violente qui s’exprime à travers les médias, ainsi que dans les réseaux sociaux ». « C’est comme si les combats internes ne s’étaient pas arrêtés depuis l’entente de 1989 destinée à y mettre fin. »
« Les échanges verbaux entre barricades médiatiques ne sont pas moins dangereux que les balles, et leur pavent la voie, ce que refusent les Libanais », dit avec force le communiqué.
« C’est pourquoi, conclut-il, l’Assemblée adjure les parties concernées de craindre Dieu et de se respecter les unes les autres et de recourir au dialogue, d’autant que des effondrements internes se produisent dans plus d’un domaine, sans parler des développements régionaux négatifs qui menacent un peu plus de leurs conséquences la libre décision et les intérêts du Liban et des Libanais. »

