Nos Lecteurs ont la Parole

Repose en paix, Wissam el-Hassan

Ronald BARAKAT
OLJ
29/10/2018

Repose en paix, Wissam. Repose en paix. S’il te faut attendre que justice te soit rendue pour le faire, tu devras attendre longtemps. Ou bien est-ce moi, dans mon imperfection, qui te fais attendre, alors que tu n’attends rien, tu n’espères plus rien. Tu n’as que faire de la justice des hommes, étant déjà vengé par la justice de Dieu. En fait, les justes, comme toi, ne peuvent que reposer en paix. C’est moi, dans ma frustration, qui te sors de ton repos, en cet anniversaire de ta disparition, pour réclamer justice, non seulement pour toi, mais aussi pour tes compagnons, ces héros, qui t’ont précédé et suivi. C’est moi qui viens te déranger dans ton repos. Tu es au-dessus de toutes ces considérations, maintenant, et tu trouves nos occupations et préoccupations si futiles, si obscures, dans la lumière de ton Ciel.

Pardonne-moi, mais je n’y peux rien. Avec le temps, rien ne va pour moi. Je suis toujours dans l’attente des résultats de l’enquête. L’oubli – ou un type d’oubli – n’a pas de prise sur moi. Je ne parviens pas à me faire à l’injustice ou à l’absence de justice. Contrairement à la réalité, ton affaire n’est pas « classée » dans mon esprit, ni ton dossier rangé dans le placard. Mais tes assassins, eux, ne sont pas dérangés. Ils ne courent même pas, mais se promènent, j’imagine, en toute impunité, peut-être aux alentours, attendant un nouvel ordre de leurs commanditaires qui, eux non plus, n’ont rien à craindre, ne sont pas loin, mais quelque part au-dessus de nous, entre ciel et terre, ou à côté, ou plutôt au-dessous, dans les abysses infernaux.

Il y a aussi ceux de ton camp, aujourd’hui divisé, morcelé, découpé en tranches de fromage gouvernemental, les souverainistes d’hier et fromagistes d’aujourd’hui. Ceux pour qui tu t’es sacrifié, toi et tes compagnons, même si c’est avant tout pour la patrie que vous l’avez fait. Vois-les, du haut de ton repos, en train d’aiguiser leurs couteaux autour du gâteau. Toi, tu t’en fiches, je sais, mais pas moi, pas nous, les survivants du naufrage. Nous n’avons pas encore atteint ton stade. Ils n’hésiteront pas, pour la forme et sans le fond, à célébrer ta mémoire, ton sacrifice, comme ils le font à l’anniversaire de chaque martyr du 14 Mars tombé pour un Liban libre et souverain. Ils diront, comme d’habitude, comme chaque année, dans leurs ronflants discours issus de leur conscience endormie, que tu n’es pas parti pour rien, que justice sera faite, que les fruits de ton sacrifice sont là… sur le gâteau qu’ils s’apprêtent à découper. Ils nous en promettent un très juteux. La cuisine est surchauffée en ce moment et les cuisiniers affairés. Une fumée, hélas noire, va s’échapper de la cheminée.

Mais s’il t’arrive, par moments, de sortir de ta paix à la vue de l’ingratitude des tiens, de te demander pourquoi, pour qui tu as abrégé ton séjour sur cette terre, c’est en contemplant cette poignée d’hommes et de femmes libres fidèles à ta cause, celle pour laquelle tu as donné ta vie, ces guerriers de l’opinion libre, ces « révolutionnaires du Cèdre », ces indépendants, ces partis d’opposition encore sur la brèche de l’action militante, dans les tranchées du verbe courageux ; c’est en les voyant se démener, infatigablement, non comme des diables, mais comme des anges (car c’est les autres, les diables), et malmener l’adversaire, malgré le déséquilibre des forces ; c’est en voyant notre détermination, notre résilience, notre fortitude, notre opiniâtreté que tu peux, après en être sorti un moment, rentrer dans ta paix pour y reposer plus profondément.

Mais nous avons besoin de ton esprit, cher Wissam, de tes prières pour continuer, de ton souffle du haut de ton repos car nous, nous ne connaîtrons pas de repos jusqu’à l’accomplissement de la mission, de ta mission, jusqu’au recouvrement de la souveraineté nationale, de l’État sans tutelle, sans armée parallèle, de l’intégrité territoriale, de l’intégrité tout court, à tous les échelons des institutions et de l’administration... jusqu’au verdoiement du cèdre, flétri et jauni par la mainmise étrangère et le coup de main local si sale.


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