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Moyen Orient et Monde

Le Brésil au risque de l’isolement diplomatique sous Bolsonaro

Analyse

S’il est élu, le candidat d’extrême droite pourra déménager l’ambassade brésilienne en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

OLJ
27/10/2018

Grand admirateur de Donald Trump, Jair Bolsonaro, favori de la présidentielle au Brésil, pourra s’il est élu marquer un tournant dans la politique étrangère de la plus grande puissance d’Amérique latine, au risque de l’isoler diplomatiquement. « Trump veut rendre sa grandeur aux États-Unis et moi aussi je veux un grand Brésil », a affirmé récemment le candidat d’extrême droite.

L’ex-capitaine de l’armée a clairement l’intention de s’aligner sur les positions les plus controversées du président américain.

Il a laissé entendre qu’il suivrait l’exemple de Trump en sortant de l’Accord de Paris sur le climat si la « souveraineté nationale » était compromise. Jair Bolsonaro a même manifesté dans plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux son intention de déménager l’ambassade brésilienne de Tel-Aviv à Jérusalem, comme les États-Unis en mai dernier.

Il est même allé plus loin en déclarant début août que, s’il arrive au pouvoir, la Palestine n’aura plus d’ambassade au Brésil. « Cela susciterait des tensions avec le monde arabe et mettrait fin à la neutralité du Brésil dans le conflit israélo-palestinien », affirme Thomaz Favaro, du cabinet de consultants Control Risks.

Enjeux commerciaux

Certains analystes s’inquiètent par ailleurs des risques pour les exportations de volailles brésiliennes, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis faisant partie des trois plus gros acheteurs, avec la Chine. Grande puissance agricole, le Brésil est le plus gros exportateur de volailles au monde. Si Jair Bolsonaro tient ses promesses de campagne, la diplomatie brésilienne pourra opérer un virage à 180º par rapport à une politique qui a privilégié les alliances Sud-Sud au long de 13 ans de gouvernement de gauche (2003-2016). Le candidat d’extrême droite s’engage à « arrêter de faire l’éloge de dictatures assassines (référence à Cuba ou au Venezuela) et de dénigrer des démocraties importantes comme les États-Unis, l’Italie ou Israël ». D’origine italienne, il a échangé à plusieurs reprises des messages chaleureux sur les réseaux sociaux avec le vice-Premier ministre Matteo Salvini, autre leader d’extrême droite controversé. Jair Bolsonaro ferait un beau geste pour Rome en extradant, comme il s’y est engagé, l’ancien militant d’extrême gauche italien Cesare Battisti, exilé au Brésil depuis 2004 et condamné par contumace à la réclusion à perpétuité dans son pays.

Pour ce qui est des appels du pied à Trump, « reste à savoir si ce sera réciproque », s’interroge Thomaz Favaro, rappelant les tensions liées aux fortes taxes brésiliennes sur l’importation de produits étrangers. Le 1er octobre, le président américain a fait savoir à quel point il était « difficile » de faire du commerce avec le Brésil.

« Nuancer ses positions »

La tentative de rapprochement de Bolsonaro avec les États-Unis se conjugue avec des signaux d’hostilité envoyés à la Chine, pourtant principal partenaire commercial du Brésil depuis 2009. Après avoir visité en mars Taïwan, dont Pékin ne reconnaît pas la souveraineté, il s’est ému en juin du fait que la Chine était en train « d’acheter le Brésil ».

Une position difficile à tenir, la première économie d’Amérique latine tournant encore au ralenti après deux ans de récession historique en 2015 et 2016. « Si la situation économique reste compliquée, il n’aura pas de choix, il devra approfondir les relations avec la Chine », affirme Michael Shifter, président du groupe de réflexion The Dialogue, basé aux États-Unis et spécialiste de l’Amérique latine. « Une mauvaise relation avec Pékin représente un coût économique énorme », renchérit Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales de la Fondation Getulio Vargas.

Autre problème auquel le pays pourrait faire face : avec sa réputation sulfureuse de nostalgique de la dictature militaire et de coutumier des dérapages racistes ou homophobes, Jair Bolsonaro risque d’être considéré comme infréquentable par d’autres chefs d’État.

« À cause de ce discours, nous pourrions avoir des difficultés à maintenir des relations étroites avec des pays dont les dirigeants pourraient hésiter à le rencontrer », souligne Oliver Stuenkel. Rubens Barbosa, ancien ambassadeur du Brésil aux États-Unis, considère néanmoins que, s’il est élu, Jair Bolsonaro devra « nuancer ses positions plus radicales une fois au pouvoir ». Mais il s’attend tout de même à une politique d’« une grande fermeté » vis-à-vis du Venezuela.

Hector Velasco/AFP

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