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Moyen Orient et Monde

L’OTAN joue (massivement) à la guerre face à la Russie

Manœuvres militaires

L’Alliance atlantique veut montrer que ses armées sont capables de coordonner entre elles et se tiennent prêtes à se défendre en cas d’agression.

26/10/2018

L’Alliance atlantique a démarré hier, pour une durée de deux semaines, une série d’exercices militaires conjoints en Norvège rassemblant 50 000 hommes venus des 29 pays membres, la Suède et la Finlande, même si les principaux acteurs de ces exercices sont les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Norvège et la Suède. Ces manœuvres militaires, dont le nom de code est Trident Juncture 18, sont considérées comme étant les plus importantes menées par l’OTAN depuis la guerre froide. « Les forces sont en position. Elles s’intègrent et entament pour deux semaines des exercices d’amélioration des capacités de combat en vue d’opérations majeures », a déclaré le colonel norvégien Eystein Kvarving, interrogé par Reuters au quartier général conjoint situé en Norvège. Ce ne sont pas moins de 250 avions et 10 000 chars, camions et autres véhicules de combat qui sont mobilisés pour ces manœuvres. Le centre de la Norvège accueillera les exercices terrestres, les manœuvres maritimes s’effectueront du côté nord de l’Atlantique et de la mer Baltique. Quant aux opérations aériennes, elles se dérouleront entre les espaces norvégiens, suédois et finlandais.Mais si l’Alliance atlantique est coutumière des exercices militaires conjoints, c’est la première fois qu’ils atteignent un tel niveau en terme d’effectifs et de moyens mis en œuvre. « Les exercices conjoints entre les pays membres de l’OTAN sont très fréquents. Mais un exercice de cette ampleur est en revanche très rare. Je crois que c’est l’un des exercices les plus importants par le nombre de soldats et d’unités impliquées des dernières années. Trident Juncture est un exercice qui a déjà eu lieu (en Espagne et au Portugal en 2015). Donc ce n’est pas la première fois qu’un exercice intitulé Trident Juncture est organisé, mais c’est sans doute le plus important des dernières années », explique Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, contacté par L’Orient-Le Jour. Mais au-delà de la démonstration de puissance, l’OTAN cherche clairement à « répondre » à la Russie qui a multiplié les exercices militaires ces derniers mois.

Elle avait organisé en septembre 2018 les plus importantes manœuvres militaires de son histoire sous le nom de code Vostok-2018 (Est-2018) « en Sibérie orientale, près de la frontière chinoise. Elles avaient rassemblé plus de 300 000 hommes venant de toutes les brigades de l’armée russe et avaient invité plus de trois mille soldats chinois à participer aux exercices. Il s’agissait pour la Russie de montrer l’intensité des relations militaires russo-chinoises, qu’elle reste une armée incontestable et incontournable malgré la baisse de son budget dédié à la Défense (66,6 milliards de dollars actuellement), et de réagir à l’augmentation du budget militaire américain.


« Manœuvres antirusses » 

La Russie entretient des relations de plus en plus tendues avec les Occidentaux, notamment depuis la crise ukrainienne de 2014 et celle de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en mars dernier. Elle dénonce aussi régulièrement le renforcement de la présence militaire dans la région du nord et de l’est de l’Europe. Moscou pourrait ainsi voir une sorte de provocation dans les exercices que l’OTAN effectue dans le nord de la Norvège et dans la mer Baltique. L’ambassade de Russie à Oslo a d’ailleurs dit voir en Trident Juncture un exercice » antirusse «. » Une telle activité (...) semble provocatrice, même si l’on essaie de la justifier avec des visées purement défensives «, a-t-elle fait valoir hier.

Mais le secrétaire général de l’OTAN ne l’entend pas de cette oreille et assure que les manœuvres effectuées en Norvège ne sont pas destinées à une confrontation. « Trident Juncture envoie un message clair à nos nations et à tout adversaire potentiel : l’OTAN ne cherche pas la confrontation mais elle sera prête à défendre tous les alliés contre toutes les menaces », a-t-il dit lors d’une conférence de presse mercredi. « Il s’agit d’une part de montrer à la Russie que les pays de l’OTAN savent travailler ensemble, dans la zone nordique, avec des effectifs de grande ampleur. C’est un message qui se veut rassurant puisque la plus grande partie des activités ne seront pas menées dans le Nord, près de la frontière russe, mais au contraire dans le centre de la Norvège. Et c’est très délibérément que cette localisation a été choisie pour que personne ne puisse dire que cet exercice est une provocation (…). Ces exercices militaires sont aussi une façon pour les États-Unis de rassurer leurs alliés européens de la pérennité de leur engagement militaire sur le continent européen », estime Bruno Tertrais. Il s’agit par ailleurs de montrer qu’il n’y a pas de tensions au sein des armées de l’OTAN, malgré celles qui existent sur le plan politique.

Celles-ci ont particulièrement redoublé d’intensité depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Dès son élection en tant que président, ce dernier avait qualifié d’« obsolète » l’Alliance atlantique. Mais s’il a revu son jugement et la considère aujourd’hui comme un rempart pour la paix, le magnat de l’immobilier se plaint régulièrement que son pays soit le plus généreux contributeur de l’effort militaire de l’organisation et a menacé, si les autres pays membres ne font pas d’efforts financiers, de quitter l’OTAN. À l’issue du dernier sommet de l’Alliance atlantique les 11 et 12 juillet dernier, Donald Trump a obtenu satisfaction. Les États membres de l’Alliance atlantique se sont en effet engagés en 2014 à investir 2 % du PIB dans la défense d’ici à 2024. Le locataire de la Maison- Blanche a néanmoins fait savoir qu’il souhaitait que ce chiffre soit doublé d’ici peu et atteigne 4 % du PIB. « Les tensions politiques sont réelles, les inquiétudes des Européens sont claires, mais au niveau militaire les choses se passent bien », conclut Bruno Tertrais.


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ACE-AN-NAS

Une 3eme GM aura certainement lieu autour de 2020 , ou avant la fin du mandat de Poutine .

Sauf si les alliés occidentaux baissent le ton et les armes .

Avec les russes et les chinois on ne rigole pas .

Sarkis Serge Tateossian

Autant d'argent gaspillé dans le monde inutilement.
Chaque camp provoque l'autre camp et inspire méfiance et doute. Toute les sociétés dites civilisées sont menacées par le terrorisme et l'obscurantisme...

Au lieu d'adapter leur efforts contre ces menaces, ces pays et alliances ne font que alimenter les surenchères militaires coûteux et inutiles entre eux.

Cet argent aurait pu servir dans l'enseignement, l'éducation des jeunes et la faim dans le monde ...entre-autre


L'importance des choix ... Prend tout son sens.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES ECONOMIES DE TOUS CES PAYS, RUSSIE INCLUSE, REPOSENT SUR LEURS INDUSTRIES DE L,ARMEMENT. DONC LA COURSE A L,ARMEMENT... DONC LA GUERRE FROIDE... DANS L,ESPOIR QU,ELLE RESTE FROIDE !

Tabet Ibrahim

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