Riyad dément toujours être à l’origine de la disparition de Jamal Khashoggi et rejette les menaces proférées par Donald Trump samedi. Nicholas Kamm/AFP
Le riyal saoudien est tombé hier à un plus bas de deux ans et les emprunts du royaume ont fléchi de crainte de voir une réduction des investissements étrangers en réaction à la disparition du journaliste Jamal Khashoggi. Les transactions sur le marché des changes « forward », où les banques se retrouvent pour couvrir leurs investissements, laissent penser que quelques gros établissements se protègent du risque de sorties de capitaux qui surviendraient à la suite de potentielles sanctions américaines.
Jamal Khashoggi a disparu à Istanbul le 2 octobre, après une visite au consulat de son pays. Selon le quotidien turc Sabah, des enregistrements effectués grâce à la montre connectée du journaliste laissent supposer qu’il a été torturé et tué. Donald Trump a assuré samedi que Washington infligerait à l’Arabie saoudite une « punition sévère » si son implication, qu’elle dément, dans la disparition de Jamal Khashoggi était établie (voir page 7).
Les mouvements du marché sont toutefois moins marqués que lors de la chute brutale des cours du pétrole qui a commencé en 2014. Les prix pétroliers n’ont que légèrement varié dans la matinée, encore que leur hausse était un peu plus marquée à la mi-journée, car les analystes ne croient pas que l’Arabie saoudite, premier exportateur pétrolier mondial, prendra le risque de s’isoler et de mettre en péril ses propres finances en réduisant ses exportations, d’autant qu’elle est engagée dans une réforme pour l’emploi et pour diversifier son économie. Mais pour Krisjanis Krustins, de l’agence Fitch, l’affaire risque de compromettre certains pans du programme de réformes. « S’il y a un changement durable dans la position des investisseurs vis-à-vis de l’Arabie saoudite, certaines initiatives de Vision 2030 risquent d’être mises en œuvre de façon plus lente et incomplète, et l’Arabie saoudite devra recourir plus à la dette et à ses ressources internes pour les financer », dit-il.
Flux faibles de base
Le riyal était stationnaire à 3,7524 par dollars hier, au plus bas depuis septembre 2016, suivant des données Refinitiv. La banque centrale maintient un cours pivot de 3,75 par dollar, et habituellement la monnaie fluctue dans une fourchette de 3,7498-3,7503. En novembre 2015, lorsque les cours du brut plongeaient, le riyal avait touché un creux de 3,7598. Sur le marché « forward », le dollar a atteint un pic de 100 points contre le riyal, un plus haut de neuf mois, contre 54 points vendredi. En 2016, il avait brièvement dépassé les 1 000 points. Les rendements des emprunts saoudiens libellés en dollar ont monté, surtout ceux des échéances longues. Celui de l’emprunt à échéance 2046 s’était élargi de 15 points de base.
Krisjanis Krustins et d’autres analystes observent que les flux d’investissements étrangers en Arabie saoudite étaient déjà très dilués à cause d’un secteur privé faible et des incertitudes en matière de réglementation ; ces faits pourraient en eux-mêmes atténuer toute réduction des flux. Bon nombre de médias, de chefs d’entreprise ou de responsables bancaires, dont Jamie Dimon, le président de JPMorgan Chase, ont décliné l’invitation à participer au « Davos du désert », une conférence de grande ampleur sur l’investissement dans le royaume, prévue la semaine prochaine.
La Bourse de Riyad a chuté de 7,2 % au cours des deux séances précédant celle d’hier où elle a rebondi de 2,0 %. Des traders disent que des investisseurs institutionnels, étrangers notamment, se lancent dans des rachats à bon compte car ils pensent que la situation économique saoudienne ne changera guère.
Source : Reuters


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