Le secrétaire d’État US Mike Pompeo s’exprimant sur l’Iran hier à Washington. AFP/Jim Watson
La Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné hier aux États-Unis de suspendre les sanctions contre l’Iran visant des biens « à des fins humanitaires », un revers pour Washington qui a toutefois minimisé ce rappel à l’ordre. La portée de la décision a immédiatement donné lieu à une bataille entre les deux camps.
À Téhéran, elle a été accueillie par le ministère des Affaires étrangères comme une « victoire » et « un nouveau signe confirmant clairement que la République islamique d’Iran est dans son droit ».
Prenant solennellement la parole face aux caméras à Washington, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a au contraire estimé qu’il s’agissait d’une « défaite pour l’Iran », car, a-t-il assuré, les États-Unis prennent déjà des mesures pour que les biens humanitaires soient épargnés. La juridiction de La Haye « a rejeté à juste titre toutes les requêtes sans fondement de l’Iran » pour suspendre plus globalement les sanctions américaines, a-t-il insisté. Au passage, le secrétaire d’État a annoncé que les États-Unis mettaient fin au « traité d’amitié » de 1955 avec l’Iran invoqué par la CIJ pour justifier sa décision. « Aujourd’hui, les USA se sont retirés du traité américano-iranien après que la CIJ leur a ordonné d’arrêter de violer ce traité, en punissant le peuple iranien. Régime hors la loi », a écrit le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif sur Twitter.
Au cœur du bras de fer judiciaire : le rétablissement par Donald Trump de toutes les sanctions américaines levées dans le cadre de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien, dont le président des États-Unis s’est retiré en mai. Dénonçant un grave impact sur son économie, Téhéran demandait leur suspension. Les juges de la plus haute instance judiciaire des Nations unies ont décidé que les sanctions visant certains biens constituaient une violation de ce traité d’amitié de 1955 censé encourager les échanges commerciaux entre les deux pays qui n’ont toutefois plus de relations diplomatiques depuis 1980. Les États-Unis avaient sèchement récusé la compétence de la Haute Cour dans cette procédure engagée par l’Iran.
« La Cour indique, à l’unanimité, que les États-Unis (...) doivent, par les moyens de leur choix, supprimer toute entrave que les mesures annoncées le 8 mai 2018 mettent à la libre exportation vers l’Iran de médicaments et de matériel médical, de denrées alimentaires et de produits agricoles » et de biens nécessaires à la sécurité de l’aviation civile, a déclaré le juge président Abdulqawi Ahmed Yusuf.
Les sanctions « risquent de nuire gravement à la santé et à la vie de personnes se trouvant sur le territoire iranien », a-t-il ajouté.
Renseignements solides
À Téhéran, certains médicaments utilisés dans le traitement de maladies de longue durée comme le cancer et le diabète ainsi que certains équipements médicaux se font rares depuis le rétablissement de sanctions. Selon plusieurs médias locaux, les producteurs de médicaments iraniens ont également des difficultés à s’approvisionner en matières premières.
Tensions grandissantes
La Cour, dont les décisions sont contraignantes et ne peuvent faire l’objet d’une procédure en appel, a rendu mercredi des mesures conservatoires dans l’attente d’une décision finale, qui pourrait prendre plusieurs années. Mais Téhéran et Washington ont déjà ignoré dans le passé les avis de la CIJ, qui n’a aucun moyen de les faire appliquer. Dernière preuve, aux yeux de Washington, des actes « déstabilisateurs » de Téhéran au Moyen-Orient : les attaques récentes contre des missions diplomatiques américaines en Irak. « L’Iran est derrière la menace actuelle contre les Américains en Irak », a martelé hier Mike Pompeo, assurant disposer de renseignements « solides » pour étayer ces accusations.
Source : AFP

