C’est ainsi que commencent et se terminent les communications adressées aux Vénézuéliens par les différentes administrations de ce pays : Salut chaleureux, révolutionnaire et patriotique.
Salut est un terme de courtoisie qui ne coûte rien mais rapporte beaucoup. On vous regarde d’un autre œil, on loue votre humilité, on vous prête des qualités que vous n’avez sans doute pas, qui vous font passer pour une gentille personne, bien éduquée, affable et de bon aloi.
Toujours est-il qu’un salut chaleureux est un sésame qui ouvre bien des portes, des cœurs, et adoucit les mines renfrognées.
Révolutionnaire est une autre paire de manches. En Amérique latine, ils ont le sang chaud. Les coups d’État sont le passe-temps favori des militaires ayant pris du galon. Ils piaffent d’impatience de redresser ce qu’ils pensent être des torts, rêvent d’en découdre avec les oppresseurs de la veuve et de l’orphelin, puis finissent par faire passer les tenants du régime qu’ils ont renversé pour des enfants de chœur.
Le peuple applaudit en attendant de faire son deuil des espoirs déçus. Les grandes puissances, elles, sont mi-figue, mi-raisin, quand elles ne font pas grise mine. Certaines ayant parrainé le coup d’État, d’autres tenté en vain de dissuader l’aventurier aux étoiles sur les épaulettes d’entreprendre son aventure qui, comme d’habitude, se terminera comme elle a débuté, dans un bain de sang.
Au Liban, il faut l’avouer,nous sommes un peu plus placides, quoique nous ayons eu notre lot de destructions, de morts et d’adrénaline coulant comme des fleuves dans les rues. Tout cela sans pourtant aller jusqu’à faire la révolution. Quoique les sacrifices consentis en hommes, en martyrs, en rêves assassinés, en déceptions, auraient alimenté plus d’une centaine de révolutions.
Sans doute notre niveau de patriotisme est de loin plus aristocratique. Nous nous targuons d’avoir inventé l’alphabet, aussi fûmes-nous les premiers à implémenter la globalisation, invitant les étrangers à venir faire leurs guerres sur notre sol, prenant fait et cause pour des causes qui ne nous concernent pas, allant jusqu’à fournir les belligérants en hommes et matériel, bien sûr contre rétribution plus que conséquente.
Je n’écrirai point contre monnaies sonnantes et trébuchantes, nous n’en sommes plus aux petits sous qui tintent dans votre poche, vous font perdre l’équilibre et trébucher s’ils débordent. Le règlement se fait désormais de manière plus subtile, par chèque, virement ou porteur de valises bourrées à craquer de billets verts.
C’est dur d’être sarcastique sur un sujet qui vous fend le cœur. Vous avez tendance à ne voir que le mauvais côté des choses, celui qui fait mal, occultant les éléments positifs qui feront qu’un jour le voile noir qui couvre votre pays, vous assombrit l’espoir, se déchirera pour faire place à un soleil radieux, à un avenir plein de promesses.
Il est difficile d’admettre qu’à partir d’un accord conclu sous des auspices étrangers, hors des frontières nationales, puis transformé en Constitution, il puisse exister quelque patriotisme hormis celui des poches de nos dirigeants, qui commettent quotidiennement exaction sur exaction dans un silence de cathédrale, tant que la jeunesse de mon pays reste placide et n’a pas tenté sa révolution.
Salut chaleureux.

