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Liban

Le pape au chevet de la planète Terre

Avant-première

À l’initiative du bureau des jeunes de Bkerké, « François, un homme de parole » de Wim Wenders a été projeté à Zouk devant le patriarche maronite et le nonce apostolique.

Fady NOUN | OLJ
14/09/2018

« Nous sommes à une époque où il nous apparaît de plus en plus clairement que personne ne peut vivre pour lui-même. Tout ce que nous faisons aux autres, ou à notre mère la Terre, nous le subissons en retour. C’est pourquoi la conscience d’un bien commun grandit, qui détermine notre destin à tous. En même temps, beaucoup de puissants dans le monde semblent avoir perdu cette conscience, on dirait qu’ils n’ont aucune compétence morale. Le pape, d’autre part, ne représente aucun intérêt politique ou économique. Il n’a vraiment que le bien commun à l’esprit. Cela fait de lui un communicateur et un leader d’opinion unique. »

Ces mots, confiés à une télévision catholique suisse, sont de Wim Wenders, le réalisateur du film François, un homme de parole, (Francis, a man of his word), qui sera projeté au Liban début octobre. Le bureau de la pastorale des jeunes de Bkerké a programmé dimanche dernier une avant-première du film au centre Espace de Zouk. La projection, à laquelle assistaient notamment le patriarche maronite, Béchara Raï, et le nonce apostolique au Liban, Joseph Spiteri, a été gracieusement rendue possible par le circuit Empire et Four Star Films (*).

Accusé d’être une œuvre de propagande, ou réduit à un documentaire, le film de Wim Wenders n’est ni l’une ni l’autre. C’est une démonstration, une plaidoirie et par moments un réquisitoire venant d’un artiste qui a décidé, à l’exemple du pape, de risquer sa réputation face notamment à tous les climato-sceptiques, pour sauver la planète et, avec elle, l’être humain qui l’habite.


À l’écoute de la création
Le film est incontestablement sous-tendu par une volonté d’objectivité. On y suit un pape à l’écoute de la création et du monde, attentif au présent et à ce qu’il voit venir. Wenders filme avec réalisme aussi bien le dérèglement climatique à l’origine du réchauffement de la planète et des ouragans que les dérèglements politiques et moraux à l’origine de la pauvreté. En des scènes impressionnantes, le cinéaste montre tantôt une armée de chiffonniers se ruant sur des montagnes d’ordures comme autant de filons d’or, tantôt des migrants de toutes les couleurs et langues risquant la noyade, pour gagner les pays où coulent les rivières de shampoing au miel et de lait pour bébé…

En alternance, on voit le pape en gros plan commentant les thèmes abordés, puis des extraits de grands moments de ses voyages apostoliques à Rio, Washington, Jérusalem, au Caire, en Terre sainte, à Bangui et Rio, au Chili, au Pérou, au Sri Lanka, aux Philippines et ailleurs. Ponctuant le récit défile un film dans le film en noir et blanc mettant en scène, dans un style volontairement obsolète, saint François marchant il y a huit siècles sur les chemins de l’Ombrie.

Le film est un voyage thématique dans l’univers du pape François qui s’articule aussi bien sur son travail que sur les réformes et les réponses qu’il propose face à des questions aussi universelles que les religions et la paix, la souffrance et la mort des innocents, la justice sociale, l’immigration, l’écologie, l’inégalité de revenus, le matérialisme, le dialogue interreligieux, le commerce des armes, la morale sexuelle ou le rôle de la famille. S’il faut absolument choisir une scène préférée, ce serait celle du passage du pape à la Chambre des représentants US. On tremble un peu à ce que vont penser les censeurs locaux du discours du pape au monument aux victimes de la Shoah, mais l’équilibre est rétabli en le voyant poser sa main sur le mur de la honte, en Cisjordanie, et fermer les yeux pour une prière, ou se déchausser et pénétrer à l’intérieur de la mosquée al-Aqsa.


(Lire aussi : Le pape lance un appel pour la défense des océans contre le plastique)


Un homme « comme tout le monde »
Pour réaliser son film, Wim Wenders a rencontré à quatre reprises, deux heures durant, le pape François. Il confie avoir été principalement impressionné par « la chaleur et l’attitude directe et naturelle qu’il a avec tout le monde ». « Cela s’est révélé déjà dans son comportement envers l’équipe de tournage, qui suggérait : “Je suis comme tout le monde, vous n’avez pas besoin de me courtiser” », a ajouté Wim Wenders.

Le film renvoie inévitablement à la doctrine sociale de l’Église, en particulier au principe de « la destination commune des biens de la terre » et dénonce avec l’encyclique Laudato Si le mensonge de la disponibilité inépuisable de ces biens.

Si le temps manque pour lire l’encyclique, on trouve sur internet de très bons sommaires de ses principaux thèmes. Retenons-en : Notre planète est un don, pas un dû ; il ne s’agit pas de sacraliser la nature, mais de reconnaître qu’elle partage avec l’humanité un même mystère de vie et d’existence ; derrière les statistiques mondiales sur la pauvreté, le chômage, les migrations, il y a des personnes concrètes ;

la tradition chrétienne a toujours souligné la fonction sociale de toute forme de propriété privée ; il faut être cohérents : défendre les espèces menacées, oui ! Mais sans oublier l’embryon humain ; la croissance n’a pas de sens si elle bafoue la justice sociale ; favoriser une gouvernance mondiale des enjeux écologiques est urgent (…) nous sommes tentés de penser que ce qui est en train de se passer n’est pas certain, etc.

Le film se termine sur une note légère. Le pape demande aux pères de famille s’ils prennent le temps de jouer avec leurs enfants. Il donne aussi la clé de son succès humain : le sourire et le sens de l’humour.

(*) En attendant la sortie en salle du film, les associations qui le souhaitent peuvent le réserver pour des projections privées en appelant le bureau de la pastorale des jeunes de Bkerké (81/454588).


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Le Faucon Pèlerin

Une nouvelle qui n'a rien à voir. Aujourd'hui 14 septembre, c'est la Fête de la Croix.
"A Pâques en 622, l'empereur Héraclius décide de guerroyer contre les Perses afin de leur reprendre la relique de la sainte Croix que le roi Chloroès avait emportée après s'être emparé de Jérusalem. La relique jamais profanée par les Perses par crainte de représailles divines, fut triomphalement rapportée à Constantinople en 628. L'année suivante, Héraclius la transporta à Jérusalem avec grande solennité". (Défendente Génolini).

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