Deux projets de loi sur l'avortement --l'un qui le dépénalise pour les mineures victimes de viol, l'autre qui durçit au contraire la législation-- divisent le Guatemala.
Environ 20.000 fidèles de confession catholique et protestante sont descendus dans la rue dimanche dernier pour s'opposer à un projet de loi visant à permettre aux fillettes et adolescentes d'interrompre dans les 12 premières semaines une grossesse consécutive à un viol. Le projet de loi, présenté par le parti d'opposition Convergencia (gauche), assouplirait la loi actuelle qui n'autorise l'avortement que dans les cas où la vie de la mère est en danger.
Pour les manifestants de dimanche, rassemblés derrière le slogan "Guatemala pour la vie et la famille", le projet de loi légalise l'avortement sans proposer de solution pour éradiquer la violence et l'exploitation sexuelle. Si le projet de loi a déjà passé l'épreuve de deux examens en commission, son adoption est incertaine en session plénière car les partis conservateurs bénéficient d'une large majorité au parlement.
Les débats promettent d'être d'autant plus passionnés que les députés devront également se prononcer prochainement sur un autre projet de loi, celui-là pour durcir encore les peines encourues pour un avortement.
-Menace de prison pour une fausse couche- Pour Ada Valenzuela, de l'Union nationale des femmes guatémaltèques, ce deuxième projet de loi constitue un "recul historique" car il irait jusqu'à criminaliser les avortements spontanés. Il serait ainsi possible de jeter en prison des femmes victimes de fausses couches, qui concluent entre 15 et 20% des grossesses, a assuré la militante féministe à l'AFP.
Le directeur pour les Amériques de Human Rights Watch (HRW) José Miguel Vivanco fait chorus en estimant que le texte "criminalise encore davantage l'avortement au Guatemala et pourrait exposer les femmes victimes d'avortements spontanés à des poursuites pénales ou au moins à des enquêtes des autorités".
Le projet de loi "comporte aussi des définitions de la +famille+ et de la +diversité sexuelle+ ouvertement discriminatoires qui attentent aux droits fondamentaux des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transsexuelles" (LGBT), dénonce M. Vivanco.
"Si le parlement guatémaltèque adopte ce projet de loi, cela voudra dire qu'il considère les femmes et les personnes LGBT comme étant des êtres humains de seconde catégorie", met en garde le responsable de HRW. "Ce projet manque totalement de sens commun. Il est inhumain et pourrait faire de femmes et de fillettes des criminelles en cas d'avortements spontanés", insiste-t-il.
Le texte définit en effet l'avortement comme "la mort naturelle ou provoquée de l'embryon ou du foetus et prévoit des peines pouvant aller jusqu'à quatre ans de prison" en cas d'avortement volontaire, rappelle M. Vivanco.
Plusieurs études ont établi que jusqu'à 30% des grossesses se terminent par une fausse couche au début de la gestation et qu'au moins 10% des femmes dont la grossesse a été reconnue médicalement font des fausses couches, fait valoir HRW.
"La perte du foetus peut avoir pour cause des anomalies du chromosome, l'âge avancé de la mère, ou un antécédent de fausse couche, toutes circonstances qui sont indépendantes de la volonté de la femme enceinte ou de son médecin", explique encore l'organisation de défense des droits de l'homme.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine