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Moyen Orient et Monde - Défense

Tokyo s’éloigne encore un peu plus de son pacifisme institutionnalisé

Vendredi, le ministère japonais de la Défense a requis un budget record pour la septième année consécutive.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe. Photo AFP

Le Japon semble poursuivre inexorablement son long glissement vers la fin de son statut pacifique institutionnalisé d’après-guerre. Cette évolution exprime une inquiétude de plus en forte à Tokyo face aux multiples défis régionaux.

Vendredi, le ministère japonais de la Défense a requis un budget record pour l’exercice fiscal à venir. Avec 48 milliards de dollars pour la période allant d’avril 2019 à mars 2020, c’est une progression de 2,1 % et la septième hausse annuelle consécutive que le Japon enregistrerait si ce budget était approuvé. Selon la presse japonaise, le budget comprend 2,1 milliards de dollars pour l’achat de deux systèmes d’interception de missiles Aegis Ashore, et 825 millions de dollars pour six avions de chasse américains F-35.

Plus tôt cette semaine, le ministère a remis son livre blanc de 564 pages au gouvernement, dans lequel est mentionnée la menace jihadiste, et surtout la « tendance notable chez les voisins du Japon à moderniser et à renforcer leurs capacités militaires et à intensifier leurs activités militaires ». La Corée du Nord y est considérée comme la menace la plus « sérieuse et pressante ». Tandis que, concernant la Chine, « la modernisation rapide » des forces armées chinoises et « l’amélioration de leurs capacités opérationnelles », ainsi que « l’escalade unilatérale des activités autour du Japon », y sont mentionnées. S’expliquant sur cette terminologie lors d’une conférence de presse, le ministre de la Défense, Itsunori Onodera, a rappelé que malgré « le fait que le leader Kim Jong-un a réitéré son vœu de dénucléarisation de la péninsule coréenne (…), il n’y a dans les faits aucun changement sur le statut de la menace nucléaire et des missiles nord-coréens », tandis que concernant la Chine, le ministre a affirmé que rien n’a changé par rapport au livre blanc de 2017. La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a réagi dans la même journée de mardi, affirmant qu’il est « irresponsable » de la part du Japon de « pointer du doigt » les activités chinoises. Sur la Russie, le rapport japonais note le besoin « d’observer attentivement » ses activités militaires.

Caractère pacifique menacé ?

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et l’adoption d’une Constitution à caractère explicitement pacifique (chapitre 2, article 9), le Japon s’est placé sous le parapluie militaire américain. Plus précisément, la relation militaire américano-japonaise fait des États-Unis l’épée et du Japon le bouclier. L’identité pacifique de l’État fait l’objet d’un vif et vieux débat sur la scène politique japonaise. Pour les critiques du pacifisme, outre les arguments de rompre avec un aspect guerrier des traditions et de la culture, il y a les arguments stratégiques, qui soutiennent que les réalités géopolitiques et militaires d’aujourd’hui ne permettent plus que le pays se contente de capacités militaires défensives limitées. Ce camp est incarné par le parti de l’actuel Premier ministre, Shinzo Abe, en poste depuis décembre 2012. Les arguments géopolitiques incluent les menaces de la Corée du Nord et de la Chine, telles que mentionnées dans le livre blanc. Quant à la réalité militaire, c’est la nature changeante de la guerre qui préoccupe Tokyo.

Mercredi dernier, le Premier ministre a lancé les discussions d’un comité consultatif pour les nouvelles directives pour le programme de défense japonais (National Defense Program Guidelines, NDPG), un document de politique générale qui décrit les objectifs de défense du pays pour la prochaine décennie. Les dernières directives datent de 2013 seulement, et le vice-président de ce comité explique à la presse que la raison pour laquelle le gouvernement n’attend pas cinq ans de plus pour en produire de nouvelles est qu’il y a eu « des changements majeurs dans des situations internationales et dans le développement technologique », avant d’affirmer « qu’il n’y a pas d’autre choix que de les réviser maintenant ». Durant ces discussions, il a notamment été question de capacités militaires japonaises concernant le cyberespace et le cosmos, nouveaux domaines dans lesquels M. Abe a jugé « essentiel de conserver des avantages », avant d’affirmer que le Japon ne sera « plus capable de se défendre si nous nous en tenons au paradigme dépassé consistant à compter sur les forces terrestres, maritimes et aériennes traditionnelles ».

Le but de ce comité, comme son nom l’indique, n’est que consultatif, et ne sert qu’à représenter une « discussion de référence pour le gouvernement », selon son vice-président. C’est un autre comité, présidé par M. Onodera, qui se chargera du vrai travail. Le Parti libéral-démocrate, parti de MM. Abe et Onodera, semble éloigner lentement le Japon de son caractère pacifique. La hausse continue du budget militaire, l’intérêt pour les nouvelles formes de guerre et le probable changement prématuré des NDPG l’indiquent, ainsi que les menaces perçues qui ne diminuent pas.


Le Japon semble poursuivre inexorablement son long glissement vers la fin de son statut pacifique institutionnalisé d’après-guerre. Cette évolution exprime une inquiétude de plus en forte à Tokyo face aux multiples défis régionaux. Vendredi, le ministère japonais de la Défense a requis un budget record pour l’exercice fiscal à venir. Avec 48 milliards de dollars pour la période...

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