Une plante de haschisch dans la Békaa. Photo Nour Braidy
Le président de la Chambre Nabih Berry a déclaré hier que le Liban pourrait légaliser la culture du haschisch et son utilisation à des fins médicales. Il s’agit là, a indiqué à L’Orient-Le Jour une source bien informée, d’une des propositions faites par le cabinet de conseil international McKinsey dans son plan pour réformer l’économie libanaise.
« Le Parlement se prépare à étudier et approuver la législation nécessaire pour légaliser la culture du haschisch et sa production à des fins médicales à l’instar de nombreux pays européens et certains États américains », a déclaré M. Berry devant l’ambassadrice des États-Unis au Liban Elizabeth Richard.
Le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, avait déjà appelé à plusieurs reprises les autorités libanaises à la légalisation de la culture du haschisch, affirmant que cela représente « une formule de relève économique pour la Békaa, pour Baalbeck et pour le Hermel », où le cannabis est largement cultivé.
L’ancien ministre libanais de la Santé Waël Bou Faour avait évoqué en 2016 les bienfaits thérapeutiques du cannabis, plus particulièrement l’huile de cannabis, affirmant que plusieurs pays ont légalisé le recours à cette plante pour des besoins médicaux. Il avait également déclaré que, selon lui, le Liban « est en train de rater une opportunité » en raison de sa politique qui criminalise l’usage du cannabis, soulignant la nécessité d’adopter une approche scientifique et économique pour « encadrer et légaliser » la consommation de cette plante.
En 2015, le chef de la brigade des stupéfiants au sein des Forces de sécurité intérieure, le général Ghassan Chamseddine, avait indiqué qu’environ 35 000 dounoums de haschisch (3 500 hectares) sont plantés chaque année dans la Békaa du centre et du nord, dans les cazas de Baalbeck et du Hermel, et dans une partie des cazas de Bécharré et Denniyé. « La production annuelle moyenne est d’une centaine de tonnes et le marché annuel de 60 millions de dollars environ », avait-il estimé.
Selon des cultivateurs de cannabis au Liban, le conflit en Syrie voisine a détourné l’attention de l’État et dopé le trafic, avec une frontière devenue beaucoup moins contrôlée. L’armée détruisait auparavant chaque année quelques milliers d’hectares de cannabis dans la Békaa.
L’État avait mené des campagnes d’éradication, promettant des cultures alternatives. Mais depuis l’échec d’un programme de l’ONU, il y a plus de quinze ans, un bras de fer l’oppose aux cultivateurs qui réclament la légalisation de cette culture ancestrale. Selon les agriculteurs, la demande a augmenté de plus de 50 % depuis 2012, et la majorité du haschisch est écoulée vers la Syrie.

