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Moyen Orient et Monde

Gaza-Israël : Une nouvelle guerre d’envergure évitée... pour le moment

Gaza

Grave escalade dans l’enclave palestinienne entre le Hamas et les forces aériennes israéliennes durant le week-end, comparable à celle de l’été 2014.

16/07/2018

La tension est dangereusement montée durant le week-end à Gaza suite aux violents affrontements entre le Hamas, qui contrôle l’enclave depuis 2007, et les forces israéliennes, avant de légèrement retomber hier. Les heurts, qui ont débuté dès vendredi soir entre les deux camps, se sont étendus sur la journée de samedi durant laquelle l’État hébreu a lancé des dizaines de frappes aériennes tandis que plus de 200 roquettes et obus ont été tirés depuis Gaza en direction d’Israël. Deux Palestiniens ont été tués alors que quatre Israéliens ont été blessés dans la ville de Sderot au cours de ces opérations. Selon l’armée israélienne, la frappe qui a tué les deux adolescents palestiniens âgés de 15 et 16 ans visait un immeuble qui faisait office par le passé de bibliothèque nationale et qui était désormais utilisé comme « centre d’entraînement » par le Hamas. L’État hébreu a visé 40 cibles du Hamas samedi, « dont deux tunnels d’attaque, des centres logistiques et le siège du bataillon Beit Lahia de l’organisation », a rapporté pour sa part le quotidien israélien Haaretz.La conclusion d’un cessez-le-feu entre Israël, le Hamas et le Jihad islamique a été annoncée dans la soirée de samedi, appuyée par la médiation du Caire et du coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nikolaï Mladenov. Depuis, seulement quelques échanges de tirs sont venus perturber une trêve bien fragile. Selon l’armée israélienne, une roquette en provenance de Gaza a été interceptée par le système de défense antimissiles « Dôme de fer » dès les premières heures du cessez-le-feu, mais les affrontements semblaient toutefois s’être arrêtés hier dans la journée. En visite à Gaza, hier, M. Mladenov a demandé à tous les acteurs de mettre un terme au « cycle » de violences, précisant que la solution devait être politique.

Très vite, les comparaisons avec l’épisode de la guerre de Gaza en 2014 ont été avancées par les observateurs. L’armée israélienne « a porté le coup le plus dur au Hamas depuis l’opération Bordure protectrice (de l’été 2014), j’espère qu’ils ont compris le message, sinon ils le comprendront plus tard », a déclaré hier le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. « Notre politique est claire : quiconque nous blesse, nous le frapperons avec une grande force », a-t-il insisté. 

Malgré la rhétorique du dirigeant israélien et « bien qu’il soit encore trop tôt pour juger des conséquences de l’escalade du week-end, il semble pour l’instant que la montée de tensions n’ait pas changé grand-chose », explique à L’Orient-Le Jour Michael Horowitz, spécialiste du Moyen-Orient à LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn. Les affrontements de ces derniers jours interviennent dans un contexte déjà bien tendu depuis le lancement de la « Marche du grand retour », organisée par des civils palestiniens et soutenue par le Hamas, le 30 mars dernier, pour le 70e anniversaire de la Nakba (la « catastrophe », soit l’exode forcé des Palestiniens en 1948).


(Lire aussi : L'armée israélienne arraisonne un bateau parti de Gaza pour briser le blocus)



Impact limité
Depuis, 141 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens et plus de 4 000 ont été blessés par balles, tandis qu’aucun Israélien n’a été tué. Pour riposter aux attaques des forces israéliennes, les Gazaouis se sont mis à lancer ces derniers mois des cerfs-volants enflammés qui atterrissent de l’autre côté de la frontière, provoquant des feux dans les territoires de l’État hébreu et suscitant la colère des autorités israéliennes. L’extrême-droite israélienne ne cesse de demander au gouvernement de M. Netanyahu d’adopter une approche plus agressive à l’égard des Gazaouis à ce sujet. En ce sens, l’escalade qui a débuté vendredi vient « sur le plan tactique de la volonté d’Israël d’arrêter les attaques de ballons incendiaires venant de Gaza », souligne l’expert. Pour le camp opposé, ces événements lui donnent l’opportunité d’augmenter la pression sur l’ennemi israélien dans le cadre des négociations portant sur la bande de Gaza. Lors des funérailles des deux adolescents palestiniens hier, le dirigeant du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, a notamment promis une intensification des manifestations tant que le blocus ne serait pas levé, affirmant que « ce sang ne sera pas versé en vain ».

Bien que les violences entre les deux parties soient récurrentes, les récents affrontements ont soulevé des craintes quant à la possibilité d’une nouvelle guerre semblable à celle de 2014. Cependant, leur impact risque d’être limité pour l’instant, car « ni Israël ni le Hamas ne veulent vraiment un conflit à Gaza », nuance M. Horowitz. « Pour le Hamas, bien qu’il voie un conflit comme un dernier recours, la situation est plus compliquée. Le dernier conflit de 2014 n’a rien apporté au Hamas, et répéter la même stratégie aujourd’hui serait risqué », poursuit-il. « En même temps, le groupe comprend que la situation humanitaire et socio-économique à Gaza n’est pas tenable, et veut donc obtenir des concessions de la part soit d’Israël, soit de l’Égypte, soit de l’Autorité palestinienne », précise-t-il. Selon le spécialiste, « si les négociations sur une stabilisation de la bande de Gaza n’avancent pas dans les semaines qui viennent, le groupe fera de moins en moins attention à éviter un conflit ouvert ».

Malgré la montée des tensions à Gaza, la priorité pour Israël reste les dossiers syrien et iranien. L’État hébreu voit d’un mauvais œil l’activité de Téhéran et de ses supplétifs non loin de ses frontières en Syrie pour appuyer Damas et son allié russe, et cherche à y contrer à tout prix une possible installation iranienne permanente. M. Netanyahu en a notamment profité pour insister sur ces points lors d’un entretien téléphonique samedi avec le président américain Donald Trump, qui doit rencontrer aujourd’hui son homologue russe, Vladimir Poutine, à Helsinki. Un agenda dont ont conscience le Hamas et le Jihad islamique, soutenus par la République islamique, et qui « par la même occasion encourage le Hamas à être plus assertif et qui peut en partie expliquer la décision de rentrer dans une période d’escalade », observe M. Horowitz. Cette stratégie ne signifie pas non plus forcément qu’il cherche à ouvrir un nouveau front pour faire le jeu de Téhéran face à l’État hébreu dans la région. « Je crois que le conflit à Gaza obéit principalement à sa propre logique », estime l’expert. Selon lui, « le Hamas se trouve dans une position où il sait que s’il ne parvient pas soit à améliorer la situation à Gaza directement, soit à transférer ses responsabilités civiles à l’Autorité palestinienne, les Gazaouis se retourneront tôt ou tard contre lui ».


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FAKHOURI

Connaissez vous l'histoire de ce palestinien de Gaza ?
Un palestinien passe tous les jours devant un magasin de soutien gorge. Un jour, par curiosité , il rentre dans le magasin et demande le prix d'un soutien gorge. "Un dollar pièce"
il lui achète tout le stock. Une semaine après , il revient à ce magasin et il achète de nouveau le stock. Le commerçant lui demande que fait il de tous ces soutiens gorges ?
"Je coupe en deux et je fabrique des kippas que je vends 2 dollars pièce".
Alors , palestiniens de Gaza, faites du commerce pas la guerre !!!!!

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