Des Autochtones ont dénoncé l'absence prévue de comédiens amérindiens dans le spectacle "Kanata", mis en scène par le Canadien Robert Lepage, qui doit être présenté au Théâtre du Soleil à Paris. "Encore une fois, l'aventure se passera sans nous les Autochtones ?", déplorent-ils dans une lettre ouverte parue dans l'édition du weekend du quotidien Le Devoir.
Le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine doit présenter en décembre une pièce qui se veut une "relecture de l'histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones" et doit être mis en scène par le dramaturge québécois Robert Lepage.
Les auteurs de la lettre ouverte - une vingtaine de personnalités autochtones, pour la plupart des artistes, et des non-autochtones - entendent répondre à de récentes déclarations de Mme Mnouchkine au Devoir, expliquant son projet et indiquant qu'il n'y aurait pas de comédiens d'Amérique du Nord dans la distribution. Soulignant qu'il n'y a pas besoin d'être danois pour jouer Hamlet, elle a souhaité qu'on puisse lui dire après le spectacle : "vous nous avez compris". Des Autochtones ont toutefois été consultés pour mettre au point le spectacle.
La pièce doit être présentée à Paris à la fin de l'année et plus tard au Canada. "Peut-être sommes nous saturés d'entendre les autres raconter notre histoire", écrivent les auteurs de la lettre, soulignant que Mme Mnouchkine "n'est pas la première à raconter l'histoire des relations entre les Autochtones et les peuples qui ont colonisé l'Amérique." "L'un des grands problèmes que nous avons au Canada, c'est d'arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité (...) même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l'espace public, sur la scène, ne nous aide pas", ajoutent-ils. "Nous ne sommes pas invisibles et nous ne nous tairons pas. Nous avons nos plumes à la main et nous vous dirons encore et pour longtemps : je suis, NOUS SOMMES", concluent-ils.
Un spectacle mis en scène par Robert Lepage a récemment fait l'objet d'une vive controverse au Québec, avant que la plupart des représentations prévues ne soient annulées par le Festival international de Jazz de Montréal.
Le spectacle intitulé SLAV, une évocation de l'esclavage à travers les chants d'esclaves afro-américains, avait fait l'objet de critiques et d'accusations d'"appropriation culturelle" car sa distribution était majoritairement blanche. M. Lepage avait déploré que son spectacle ait été "muselé".


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