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Culture

Qui a dit que l’art italien n’est pas une véritable passerelle ?

Expositions

Quel meilleur choix que celui de la très patricienne villa Audi pour accueillir et faire dialoguer des œuvres contemporaines italiennes sur le thème de l’identité méditerranéenne ?

06/07/2018

Dans le cadre de la (re)dynamisation des échanges culturels entre l’Italie et le Liban, la villa Audi présente « Classic Reloaded. Mediterranea », une exposition d’œuvres de 13 artistes de la Botte issues de la collection du musée Maxxi de Rome. Ce musée national des arts du XXIe siècle (à l’architecture signée Zaha Hadid) – qui avait lui-même accueilli, l’année dernière, « Home Beirut. Sounding the Neighbors », une exposition mettant en lumière la vitalité créative de 35 artistes libanais – emmène cette fois une sélection de quelques pièces de son propre fonds en voyage autour du bassin méditerranéen. Plus précisément, à Beyrouth jusqu’au 2 septembre, dans cette demeure du siècle dernier à l’architecture italianisante et classique, qui héberge la collection muséale de mosaïques antiques de Raymond Audi.

L’exposition sera présentée ensuite à Tunis, dans le tristement célèbre musée Bardo.Conçue par Bartolomeo Pietromarchi, le directeur et curateur du Maxxi ARTE, « de manière à établir un dialogue entre l’art italien d’aujourd’hui et le lieu historique qui le reçoit sur la rive sud de la Méditerranée », cette exposition itinérante a pour ambition d’offrir un certain éclairage sur l’identité méditerranéenne à travers le prisme de l’art. Établir des ponts entre les civilisations anciennes et actuelles des pays du pourtour de la grande bleue et tenter de renouer entre ses différentes cultures de nouvelles occasions de rencontre, de rapprochement et de compréhension : voici, en substance, la teneur des discours prononcés par le curateur, l’ambassadeur d’Italie, Massimo Marotti, et la présidente de la Fondation Audi, Christiane Audi, lors de l’inauguration de « Classic Reloaded. Mediterranea ».
Sous cet intitulé quelque peu énigmatique se déploient donc, dans les différentes salles de la villa beyrouthine, des pièces de 13 artistes italiens contemporains, aux styles, médiums et expressions divers et variés.
Mais tous auraient en commun, selon Bartolomeo Pietromarchi, le fait de s’être « confrontés à un certain moment de leur travail avec l’héritage et l’esthétique de l’art classique ».

Une louve, entre chien et loup…
Une affirmation qui semble évidente dans la silhouette graphique épurée tracée sur feuille d’or par Gino De Dominicis.
Un panneau mural issu d’une série d’inspirations mésopotamienne et sumérienne qui avait été présentée en 1993 à la 55e Biennale de Venise. Idem pour la mosaïque Lapsus Lupus de Luigi Ontani.
Cet artiste iconoclaste revisite l’iconographie de la mythique louve romaine allaitant ses jumeaux en lui prêtant ses propres traits et sa silhouette d’homme, et en représentant Romulus et Remus, l’un en africain et l’autre en mexicain, pour souligner le caractère multiculturel de la Ville éternelle.
Une confrontation entre l’esthétique classique et des techniques avant-gardistes est également fortement perceptible dans les images du célèbre Mimmo Jodice. Ce « photographe des peuples de la Méditerranée » s’attache à mettre en évidence, dans ses compositions en clair-obscur, le lien métaphysique que tissent les fragments d’effigies antiques avec l’homme contemporain.

« Il faut regarder notre culture méditerranéenne avec des yeux nouveaux, mais aussi avec une conscience de la tradition et de l’histoire que nous avons en commun. Et les artistes sont vraiment les plus habilités à faire cet exercice », signale le curateur italien. Lequel offre à voir et à appréhender dans sa sélection des œuvres plus faciles d’accès que d’autres. Ainsi cette Mother, gravure photographique du fameux Maurizio Cattelan, montrant deux mains surgies du sol et jointes en un geste de prière, n’a nul besoin d’explications ou de notes d’intentions pour parler au ressenti du spectateur. Même si l’histoire de cette « œuvre », née d’une performance de fakir enterré dans le sable à l’occasion de la 48e Biennale de Venise en 1999, valait la peine d’être racontée aux visiteurs de l’exposition. Pareil pour la Porta addormita de Enzo Cucchi, composée d’une plaque de métal noir enchâssée de grappes de crânes en céramique, qui fait clairement référence, semble-t-il, à la Porte des enfers de Rodin…

Et un oiseau qui siffle les visiteurs
D’autres pièces présentées dans cette exposition (organisée par l’ambassade d’Italie, en collaboration avec l’Institut culturel italien et l’équipe du musée Sursock) auraient, par contre, nécessité de par leur importance d’être accompagnées de quelques lignes explicatives sur leur sens profond ou la démarche de leur auteur.
C’est le cas, par exemple, du très puissant globe terrestre Icosaedro de Pietro Ruffo, inspiré tout à la fois des motifs ornementaux de l’Alhambra de Grenade et des actuels conflits arabes.
C’est aussi le cas de ce Fiori persiani, tapis recomposé par Flavio Favelli en patchwork de bouts dissemblables ou encore de ces intrigants balais plantés dans des cylindres de marbre signés Bruna Esposito, ainsi que des cylindres en cuivre de Remo Salvadori. Et même de ce sifflement d’oiseau qui accompagne le visiteur dans son parcours et qui est en fait une œuvre invisible signée Liliana Moro…

Villa Audi Jusqu’au 2 septembre.
Centre Sofil, Beyrouth.

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Wlek Sanferlou

Alléchante exposition pleine de richesses artistiques.
Merci Villa Audi.

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