Rolls-Royce, Ferrari, Bentley ou Lamborghini... les voitures aussi participent au retour du luxe en Pologne. Il y a quelques années encore, l’apparition d’un véhicule orné du petit cheval noir sur fond jaune provoquait un attroupement de curieux. Aujourd’hui, du moins à Varsovie, la Ferrari ne fait plus du tout le même effet. Janek Skarzynski/AFP
La Ferrari grise s’arrête à deux pas de la présidence polonaise à Varsovie, une jeune femme, baskets et lunettes de soleil Chanel, petit chien bien coiffé dans les bras, descend et entre à l’hôtel Raffles Europejski, un symbole du retour du luxe en Pologne. Elle va « Chez Lourse » : outre les chambres et les suites dont le prix varie de 250 à 4 000 euros la nuit, l’hôtel abrite une pâtisserie historique portant le nom de son fondateur suisse Laurent Lourse, arrivé à Varsovie en 1820. L’Europejski, établissement légendaire, considéré au XIXe siècle comme le meilleur hôtel d’Europe de l’Est, où aujourd’hui chaque client peut compter sur son majordome personnel, vient de rouvrir ses portes après cinq ans de travaux. Il pourrait accueillir l’année prochaine la première boutique Hermès de Pologne, murmure-t-on dans les couloirs.
Le luxe est de plus en plus visible en Pologne, témoignant de l’apparition d’une nouvelle classe riche – patrons d’entreprise familiale à succès, promoteurs immobiliers, banquiers... Il a longtemps été absent dans ce pays, d’abord pour cause d’immenses destructions lors de la Seconde Guerre mondiale, puis en raison de l’égalitarisme officiel du régime communiste. Symbole immobilier de ce luxe : la tour d’appartements Cosmopolitan de 44 étages, au design minimaliste imaginé par l’architecte germano-américain Helmut Jahn, auteur du siège de l’Union européenne à Bruxelles. Sur les 100 transactions immobilières les plus élevées à Varsovie entre 2015 et 2017, 79 ont concerné des appartements de la tour Cosmopolitan, indique la présidente de la société polonaise Tacit Investment qui en a financé la construction, Karolina Kaim.
Le prix d’un appartement dans cet édifice luxueux varie selon l’étage et la vue : celle sur la Vistule et la vieille ville est la plus prisée et coûte près de 10 000 euros le mètre carré. Un montant qui ne surprend pas à Paris ou à Londres, mais coupe le souffle en Pologne où le salaire mensuel moyen est de 1 100 euros. Les propriétaires y sont en grande majorité polonais (seulement 10 % d’étrangers) et forment une sorte de communauté dans ce « village vertical » dont la création a coûté plus de 100 millions d’euros. Certains habitants n’ont pas besoin de se présenter : on compte parmi eux des stars de la chanson, du spectacle et du football, favoris des télévisions et des tabloïds.
Rolls-Royce et Lamborghini
Symbole de luxe également, les voitures : Rolls-Royce, Ferrari, Bentley ou Lamborghini... Il y a quelques années encore, l’apparition d’un véhicule orné du petit cheval noir sur fond jaune provoquait un attroupement de curieux. Aujourd’hui, la marque italienne a deux concessions, l’une à Katowice, en Silésie, l’autre à Varsovie.
Après la chute du communisme en Pologne, une classe de riches hommes d’affaires et d’entrepreneurs s’est en effet rapidement développée : il s’agissait souvent d’anciens responsables d’entreprises privatisées, qui les ont reprises et développées, ou bien de petits commerçants ou artisans, qui se sont vite adaptés aux nouvelles conditions et ont créé ou fait grandir leur entreprise familiale. Les importateurs de nombreux produits étrangers, dont le marché polonais était assoiffé, ont également fait fortune rapidement.
Aujourd’hui, la Pologne a son lot de collectionneurs de bolides de luxe. Un développeur foncier travaillant pour une grande agence internationale dit avoir trois Ferrari au garage. Le plus important collectionneur polonais, qui préfère rester anonyme, en aurait douze... Le patron des concessions conjointes de Bentley et de Lamborghini, Piotr Jedrach, compte, lui, vendre cette année une cinquantaine de cossues limousines britanniques, y compris le modèle SUV. Même perspective pour les Lamborghini, exposées à Varsovie dans un cadre qui ressemble à un temple futuriste.
Ces bolides font rêver bien des Polonais. Mais certains expriment leur incompréhension face à ceux qui en accumulent, comme Hanna Mrowiec, un cadre à la retraite qui vit dans un petit deux-pièces. « Si j’avais tant d’argent, je m’achèterais moi aussi une Ferrari. Mais en avoir trois ? Absurde, on ne peut pas rouler dans trois Ferrari à la fois », dit-il à l’AFP.
Discret et pas bling-bling
Le luxe à la polonaise est souvent plus discret, plus attaché au mécénat culturel qu’associé au bling-bling. La propriétaire du Raffles Europejski, la richissime Suisse Vera Michalski, également patronne des éditions Noir sur blanc, a fait acheter environ 500 œuvres de peintres et sculpteurs polonais modernes et, pour décorer son hôtel, en a prêté certaines issues de sa collection personnelle.
Au 42e étage de la tour Cosmopolitan, tout Varsovien – et pas seulement les happy fews qui l’habitent – pouvait admirer gratuitement ce printemps une exposition d’œuvres du peintre et sculpteur Wojciech Fangor, le seul Polonais à avoir eu, à titre individuel, les honneurs du musée Guggenheim à New York.
Source : AFP

