À Paris, sur une porte dérobée près des issues de secours du Bataclan, cible d’un attentat jihadiste en novembre 2015, Banksy a dessiné une silhouette au visage triste. L’artiste de rue a revendiqué, hier sur Instagram, plusieurs autres pochoirs réalisés dans la capitale française. Thomas Samson/AFP
Ses œuvres disséminées sur les murs, de Londres à Gaza, font les délices d’Instagram et des passionnés de street art. Tout en dispensant un message politique, l’artiste Banksy, qui vient de sévir à Paris, fascine en entretenant le mystère sur sa personne et en ayant construit sa mythologie. « En fait, ce n’est pas très important que ce soit réellement de lui ou pas, le tout c’est que l’effet Banksy fonctionne », observe l’historien de l’art Paul Ardenne, interrogé après « l’apparition » à Paris de plusieurs œuvres du plus célèbre street artist, mais aussi du plus secret.
Hier, Banksy a revendiqué sur les réseaux sociaux ces œuvres, dont l’une a été créée sur le mur d’un parking du Centre Pompidou. L’artiste de rue fait référence à Mai 68, le plus grand mouvement social du XXe siècle en France, dans l’un de ses messages sur Instagram, qui accompagne un zoom sur ce pochoir près du Musée national d’art moderne : « 50 ans après les événements de mai 1968 à Paris. Là où est né l’art du pochoir moderne. » Bénéficiant d’une visibilité maximum depuis une rue à grande circulation, derrière le musée, l’œuvre au pochoir représente un rat. Banksy revendique également un pochoir réalisé sur les quais de Seine et représentant un couple de rats portant chapeau melon et ombrelle, semblant regarder la tour Eiffel au loin. Hier, il a posté la photo d’une troisième œuvre, située près de l’université de la Sorbonne. « Banksy ne nous a pas avertis, mais c’est notre devoir de protéger son œuvre », a indiqué Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne, propriétaire du parking choisi par le street artist. Une plaque de plexiglas devait être posée sur le pochoir de l’artiste qui aurait réalisé d’autres œuvres dans Paris ces derniers jours, dont un visage triste près des issues de secours du Bataclan, la salle de concert cible d’une attaque jihadiste qui a fait 90 morts le 13 novembre 2015. Dans le nord de la capitale, un pochoir représentant une fillette dessinant un motif de tapisserie rose sur une croix gammée a également été découvert près d’un ancien centre de premier accueil de réfugiés. Une œuvre qui a depuis été dégradée.
L’identité de Banksy est un mystère bien gardé depuis ses débuts dans les années 1990. De lui, on connaît sa nationalité (britannique), sa ville d’origine (Bristol, où il a créé un parc d’attractions parodique), sa page Instagram et son site internet, où il met en ligne ses œuvres, sans plus de commentaires. En revanche, personne ne connaît sa véritable identité ou n’a vu en photo l’artiste, qui donne des interviews au compte-gouttes. Des rumeurs persistantes affirment qu’il ferait partie du groupe Massive Attack, également originaire de Bristol, mais sans que cela ait été prouvé. « C’est la marque de fabrique de Banksy. Au-delà du ressort marketing, c’est aussi une façon de dire : Regardez ! Avec une touche d’anonymat, comme par hasard ça vous intéresse plus », souligne Magda Danysz, spécialiste du street art. « Il y a cette fascination de faire tomber un masque, mais on serait très déçus si on avait sa photo. En fait, on n’a pas envie de savoir, c’est comme une bonne recette » avec un ingrédient mystère, glisse la galeriste qui travaille entre Paris et Shanghai.
N’empêche, quand une œuvre de Banksy apparaît sur un mur, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux transformant les fans en chasseurs au trésor, comme à New York en octobre 2013 où il a dessiné presque une œuvre par jour pendant un mois. Comme d’autres street artists, Banksy procède souvent par « phases d’invasion » en disséminant plusieurs œuvres dans une même ville, avec une attention spécifique portée au lieu et à sa symbolique. Certaines de ses œuvres battent des records aux enchères. Une collaboration avec son compatriote Damien Hirst (Keep It Spotless) avait été adjugée pour 1,8 million de dollars chez Sotheby’s à New York en 2008.
« Le génie de Banksy, c’est qu’il intervient pile au moment où on a eu le phénomène du (navire humanitaire) Aquarius, pile à un enjeu politique crucial pour l’Europe. Donc, comme toujours, au bon endroit et au bon moment. C’est ce qui est assez fou dans son travail », estime Nicolas Laugero-Lasserre, collectionneur de street art, à l’origine du musée Art 42 dans le nord de Paris. Un enthousiasme que ne partage pas Paul Ardenne, dénonçant un « discours mielleux ».
Source : AFP


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