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Culture

« Ocean’s 8 » : un casse pour rien

Cinéma

La trilogie des « Ocean », réalisée par Steven Soderbergh, ayant été mise au placard, ses créateurs ont eu l’idée de la relancer avec un spin-off féminin. S’appuyant sur les mêmes recettes, le film rate ses cibles, mais reste un divertissement agréable.

22/06/2018

Annoncé en 2015, Ocean’s 8, réalisé par Gary Ross, est un produit typique des services marketing des studios hollywoodiens. Il consiste à relancer une franchise à succès du début des années 2000, à l’adapter à une autre cible, les femmes en l’occurrence, et à lui appliquer strictement les mêmes facteurs-clés de succès. Sandra Bullock – décidément bien portée sur le bistouri esthétique – dirige un casting très formaté. Cate Blanchett étant la caution « actrice à oscars », Rihanna la représentante de la population black, Awkwafina celle de la population asiatique, Mindy Kaling celle de la population indienne. Sans oublier la présence de Sarah Paulson qui cible les spectateurs de cinéma indépendant, Anne Hathaway pour attirer les ados et les quarantenaires transis. Quant à Helena Bonham Carter, elle est là parce que : pourquoi pas ?
L’intrigue, alors ? Sandra, la sœur de Danny Ocean, sort de prison, promet de ne pas retomber dans l’illégalité, retourne voir sa meilleure associée et monte le coup du siècle qu’elle avait eu le temps de potasser discrètement dans la bibliothèque de sa prison pendant 5 ans. Il est grand temps que l’administration pénitentiaire américaine revoie de fond en comble les œuvres présentes dans ses librairies (se souvenir de Shawshank Redemption). Le casse inclura des bijoux, avec placement de produit, du glam, de belles robes, des mondanités et une vengeance à l’encontre d’un mâle alpha malhonnête. Les pâquerettes ne sont pas très hautes cette année et le vol dure près de deux heures, ce qui rend le champ très long, surtout quand tout ce qui se passe à l’écran est attendu. Attention, blague ! Attention, émotion !

Un cast charismatique
Le premier de la série, Ocean’s 11, réalisé par Steven Soderbergh en 2001– un remake de L’inconnu de Las Vegas 1960 de Louis Milestone –, avait dû son succès au charisme du casting (George Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia, Julia Roberts) et à sa capacité à créer un esprit d’équipe, sans tirage de couverture, chaque acteur ayant un rôle bien défini. Ocean’s 8 réussit à créer la même osmose entre ses actrices, même si la complicité entre elles ne crève pas l’écran. Mention spéciale à Cate Blanchett en Anglaise branchée et un peu désabusée, et mention très spéciale à Anne Hathaway qui joue presque son propre rôle avec sensualité, recul, humour et talent. C’est elle qui donne du corps au film, c’est elle qu’on veut voir à l’écran, c’est elle qui a les meilleures scènes. Le reste de l’équipe fait le boulot. La « hackeuse hacke », la voleuse vole et les autres jouent leur partition. Et c’est justement ce côté tout en place, calibré, qui fait du mal au film. Toutes les cases ont été cochées pour faire de cet opus un produit parfait, plaisant, sur mesure. Sauf que, comme d’habitude, le scénario est le maillon faible. Parce que, quand les producteurs lancent un produit comme Ocean’s 8, ils décident d’abord de la date de sortie, construisent ensuite l’équipe puis, seulement, pensent à développer l’histoire. Et comme, à un moment, il faut commencer le tournage, l’histoire subit des courts-circuits, des arrangements. Elle devient secondaire, surtout avec un casting all star. Donc, évidemment, l’histoire de ce film comporte de très, très grosses faiblesses qui apparaissent dès la deuxième scène où l’on voit Sandra Bullock, dans un magasin, chipant des produits de beauté comme si rien n’allait sonner. Et comme rien ne sonne, yalla, on continue.
D’autres aberrations sont présentes tout au long du film, les producteurs ayant dû se dire « On les fera passer en “loucedé”, le spectateur ne remarquera pas. » Sauf que ce dernier est beaucoup plus intelligent que le cadre marketing moyen d’un studio ciné, et il voit très bien quand ça ne tient pas debout. Il suit donc le cambriolage avec un désintérêt total, attendant un retournement de situation, une faille, un rebondissement. Chaque actrice a droit à son moment red carpet, le gala du Met étant en mode « portes ouvertes », et tout est bien qui finit bien.
Avec aussi un moment féministe – mouvement MeeToo oblige –, le seul rôle masculin se faisant rouler dans la farine de manière totalement invraisemblable. Avec, enfin, un petit twist final qui fait durer le film de 10 minutes supplémentaires, pas plus crédibles que le reste.
Finalement, la vie est facile quand elle est écrite par un scénariste californien. Heureusement qu’il y a de grandes actrices pour essayer de nous y faire croire.

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