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Liban

L’UPT, l’Université de la seconde chance

Société

L’écrivain Gérard Bejjani assure la continuité de l’extraordinaire initiative de Mounir Chamoun, qui fête ses 20 ans.

Fady NOUN | OLJ
20/06/2018
Géniale initiative de Mounir Chamoun saisie au bond par le père Salim Abou, l’Université pour tous (UPT) de l’USJ fête sa vingtième année (1998-2018). L’UPT, c’est l’université de la seconde chance, le paradoxe de « l’inaccessible abordable » auquel seront toujours sensibles ceux qui, ayant passé l’âge de l’université, en sont restés nostalgiques ; ou qui, à l’âge adulte, ont retrouvé l’ardent désir d’apprendre ce qui leur a filé entre les doigts. 

Ce qui ne gâte rien, ce qui, au contraire, ajoute à la magie de l’institution, c’est que l’UPT de Beyrouth a son siège rue des Jésuites, dans le grand bâtiment historique en pierre de sable où la Compagnie de Jésus s’est d’abord installée, et qu’elle est donc tout imprégnée de cette aventure – pas encore tout à fait jouée – que fut la naissance du Liban sur les fonts baptismaux de la rencontre entre l’Orient et l’Occident.
Et l’UPT a bien fait les choses. De la gamme infinie – ou presque – des savoirs, elle a introduit autant de titres que possible, et en introduit tous les ans de nouveaux. Comme son nom l’indique, l’UPT est une université pour tout public, venant de tous les âges, de tous les horizons, néophytes ou avertis, débutants, amateurs ou hautement diplômés. Attentive aux requêtes de ses auditeurs assidus, l’UPT allie à la fois la tradition humaniste des langues, des lettres, de la philosophie, de l’histoire, des sciences humaines ou sociales, et l’actualité politique, économique, médicale, scientifique ou technologique. Il s’agit de toute façon d’assurer des prestations de qualité à travers une pédagogie active où l’interrogation personnelle tient une place centrale, de développer l’esprit critique et d’atteindre un large auditoire, d’œuvrer en quelque sorte pour une démocratisation de la culture dans un climat convivial et dynamique.

On l’a compris, la variété est essentielle à l’UPT. Sans elle, son pouvoir de fascination s’éteindrait. Certes, les cours y sont payants, car l’UPT existe au risque de la rentabilité, et qu’il faut bien rémunérer les 75 enseignants et instructeurs qui y assurent autant, sinon plus, de cours. Mais il ne faut pas se laisser intimider par les chiffres, ils restent gérables et des aménagements sont possibles.


Aux commandes, l’écrivain Gérard Bejjani
Aux commandes de l’UPT, veille depuis neuf ans Gérard Bejjani, par ailleurs professeur à la faculté des lettres de l’USJ. Une impulsion nouvelle et décisive a été donnée à l’institution par ce double docteur en littérature française et en analyse de films, qui est aussi écrivain et a aidé l’Université pour tous à croître et à s’ancrer. Il n’en a pas toujours été ainsi. Les débuts de l’UPT sont marqués par un certain tâtonnement. Ainsi, l’inscription se faisait d’abord sur interview. L’ouverture a fini par l’emporter. « Le contenu des cours est très sérieux, assure Gérard  Bejjani, qui souligne que la plupart des professeurs sont d’un niveau universitaire. Mais l’accent est également mis sur la dimension conviviale. Le cours est souvent l’occasion d’une transformation humaine. L’UPT est un lieu de rencontre à la fois intellectuel et humain, une plateforme sociale et culturelle appréciée, à la limite une mission. »

« J’ai beaucoup de reconnaissance pour les auditeurs, leur enthousiasme, leur élan, confie-t-il. Il y a une forme de gratuité dans leur présence. Ils ne sont pas là pour un diplôme, une attestation, une carrière. Ils sont ici parce qu’ils aiment y être. Et c’est capital pour moi, parce que ça se ressent tout de suite. Leur ferveur est contagieuse, qui se rallume à chaque cours, et ça m’étonne. J’enseigne ici depuis 19 ans, et l’une de mes plus extraordinaire auditrices s’y trouve depuis aussi longtemps, assise à la même table de la même rangée, suivant les cours avec la même assiduité et parlant de littérature avec la même passion. Et c’est pour moi capital, d’autant que les temps ont changé et que l’intérêt pour la littérature, la poésie a presque disparu. À l’UPT, je retrouve ce pour quoi j’ai étudié moi-même la littérature, et même si ce travail est d’une extrême exigence, parce qu’il faut se renouveler chaque année, ce que je donne m’est très bien rendu. À la fin, le cours lui-même devient partie d’une œuvre. Sans cela, je n’aurais pas vraiment tenu. »


Un millier d’inscrits
Plus d’un millier d’auditeurs franchissent annuellement le seuil de l’UPT, ou faudrait-il dire les seuils, puisque l’UPT est aussi présente à Jbeil, Saïda et… Dubaï. Pour s’y inscrire, aucune condition préalable n’est requise, sinon une bonne photo passeport. Les droits d’inscription se calculent en fonction du nombre d’heures par cours ou par atelier. Près des bureaux administratifs, une cafétéria est là pour compléter l’illusion qu’on est définitivement retombé dans l’adolescence. Après la relâche annuelle d’août, les inscriptions reprendront (3 septembre-20 octobre 2018), avec, cette année, un cours innovant : un projet de formation inclusive pour
jeunes à besoins spécifiques lancé par l’association « Include ». Prenez donc date.

Par ailleurs, l’UPT organise des sorties et des voyages, présente des spectacles, des rencontres avec des auteurs. Si vous croyez que la culture est ce qui fait de l’homme, selon les mots d’André Malraux, « autre chose qu’un accident de l’univers », si vous croyez que la classe, de quelque nature qu’elle soit, rapproche l’être de lui-même et de la vérité, il suffit de pousser une porte et de se remettre à la ferveur intacte de l’apprentissage. Pour tout complément d’information, hurlez UPT au cours de la prochaine happy hour, ou plus simplement téléphonez au 01/421800.



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