Une entrée en lice à reculons... L’Espagne, tête à l’envers après sa révolution de palais, débute son Mondial à tâtons face au Portugal du colosse Cristiano Ronaldo, ce soir à Sotchi. Premier choc du tournoi, premier défi pour le nouveau sélectionneur Fernando Hierro.
Il y a encore trois jours, l’ex-directeur sportif de la Roja n’imaginait pas s’asseoir sur le banc du stade olympique pour ce derby entre les deux derniers champions d’Europe, vraisemblablement déjà décisif pour la 1re place du groupe B. Mais le retentissant limogeage de Julen Lopetegui, coupable d’avoir négocié son départ pour le Real Madrid dans le dos de la Fédération espagnole, a tout chamboulé, plongeant la Roja dans une crise soudaine. « On dirait qu’on est au funérarium, alors que demain, on commence une Coupe du monde ! » a ironisé hier le capitaine de la Roja, Sergio Ramos, pour tenter de dédramatiser la situation.
Et voilà Hierro, une quarantaine de matches comme entraîneur en 2e division au compteur, propulsé dans la plus grande compétition planétaire sur le banc d’un des favoris. « C’est un Mondial, nous sommes des privilégiés d’être là et il faut savourer, a dit le nouveau sélectionneur. Quand nous repartirons, que ce soit avec le sentiment d’avoir donné le maximum. » Avec deux jours d’expérience, il est de loin le technicien le plus novice du tournoi. Mais Hierro peut se raccrocher à l’exemple de son ex-équipier Zinédine Zidane, sans grand vécu avant de gagner trois Ligues des champions d’affilée au Real. « Il n’y a pas de personne plus indiquée que Fernando. Fernando a été un grand joueur et il nous connaît depuis énormément de temps », l’a défendu Ramos, vantant les qualités de celui qui était déjà directeur sportif de la Roja à son apogée, le titre mondial conquis en 2010.
Évidemment, rien ne sera facile, surtout pas face au Portugal de Fernando Santos, solide arrière, talentueux au milieu et dangereux devant avec Ronaldo. L’attaquant-vedette du Real n’a jamais marqué en quatre matches face à son pays d’accueil, perdant (1-0) en 8es de finale du Mondial 2010, puis aux tirs au but en demi-finale de l’Euro 2012. À 33 ans, Ronaldo espère enfin briller au Mondial après trois phases finales mitigées ; à condition de mettre de côté ses états d’âme, lui qui a laissé planer le doute sur son avenir au Real. Sur les rives de la mer Noire, le quintuple Ballon d’or croisera ce soir des visages connus, ses habituels adversaires barcelonais Andrés Iniesta, Sergio Busquets et Gerard Piqué, et ses équipiers madrilènes Ramos, Isco et Nacho, ce dernier étant pressenti pour tenter de museler Ronaldo.
Reste à savoir quel sera l’état mental de la Roja après une semaine aussi éprouvante et le limogeage de Lopetegui, très apprécié des joueurs. « Il n’y a aucune fissure (dans le vestiaire), a souligné Ramos. Nous pensons tous différemment, mais l’idée collective reste la même : aller chercher ce Mondial. » Invaincus depuis 20 rencontres, les joueurs espagnols n’ont sans doute pas oublié leur football en deux jours. Hierro, lui, a reconnu qu’il n’avait pas le temps de tout bouleverser. Ses options devraient donc être conservatrices, avec Diego Costa en pointe, alimenté par un redoutable trio de créateurs : Isco, Iniesta et David Silva.
Et si, paradoxalement, le pataquès mondial autour de Lopetegui libérait l’Espagne de toute pression? Nommé au pied levé, Hierro ne peut que dépasser les attentes très limitées placées en lui. Les joueurs, vieux briscards des compétitions internationales, pourraient ainsi prendre leur destin en main, à la manière de la France finaliste du Mondial 2006. Hier soir, à l’entraînement, éclats de rire et embrassades ont rythmé le début de séance, comme un pied de nez au catastrophisme des médias espagnols.
Source : AFP

