Un portrait du président syrien Bachar el-Assad à Ramouseh, à Alep. Reuters/Omar Sanadiki/File Photo
Le président syrien Bachar el-Assad a démenti que Moscou tirait les ficelles dans son pays déchiré par la guerre, affirmant au contraire dans une interview publiée hier que son régime agit indépendamment de ses alliés russe et iranien. « Nous avons de bonnes relations avec la Russie depuis plus de six décennies maintenant, presque sept. Ils n’ont jamais, au cours de notre relation, essayé de nous dicter quoi faire, même s’il existe des différences » de vues, a déclaré le président syrien dans un entretien accordé au journal britannique Mail on Sunday.
La guerre en Syrie, qui a fait plus de 350 000 morts, a éclaté en mars 2011 après la répression par le régime syrien de manifestations demandant des réformes démocratiques. Alors qu’il avait perdu de nombreux territoires face aux rebelles, le pouvoir de Bachar el-Assad a renversé la situation grâce à l’intervention de Moscou en 2015. Les frappes de l’aviation russe et l’intervention de conseillers militaires envoyés par Vladimir Poutine ont permis aux forces loyales à Bachar el-Assad de contrôler désormais plus de 50 % du territoire. Ces forces ont aussi reçu le soutien de l’Iran, notamment via des conseillers militaires.
Le président syrien reconnaît avoir eu des divergences avec Moscou et Téhéran. « C’est très naturel, mais au final les seules décisions sur ce qui doit se passer en Syrie sont des décisions syriennes », a-t-il souligné. Il a démenti par ailleurs que Moscou ait été informé préalablement des frappes israéliennes ayant visé des forces prorégime y compris iraniennes en Syrie. S’il a loué le rôle de Moscou, le président syrien a en revanche dénoncé l’intervention « coloniale » de puissances occidentales en Syrie, notamment des États-Unis qui sont à la tête d’une coalition internationale luttant contre le groupe jihadiste État islamique (EI). Il a précisé que la Syrie avait cessé de partager des renseignements avec les pays européens.
« Ils veulent échanger des informations alors que leurs gouvernements agissent politiquement contre le nôtre. Nous avons donc dit : Quand vous changerez votre position, nous serons prêts » à reprendre la coopération dans ce domaine, a-t-il ajouté. « Pour l’instant, il n’y a aucune coopération avec des agences de renseignements européennes », a-t-il martelé. Le transcript complet de cette interview a été publié par l’agence de presse officielle syrienne SANA.
Combats à Idleb
Sur le terrain, quinze civils, dont des enfants, ont été tués hier dans des raids du régime dans la province syrienne d’Idleb, après une attaque jihadiste contre des villages prorégime de cette région, a indiqué une ONG. Les frappes ont touché une série de localités et villages dans cette province qui est presque entièrement dominée par des groupes jihadistes et rebelles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dix civils, dont quatre enfants, ont péri dans la ville de Taftanaz et cinq autres, y compris trois enfants, dans des secteurs proches, a précisé l’OSDH. Des bombes sont tombées près d’un hôpital pour enfants, le mettant hors service, selon l’ONG.
Dans cette même province d’Idleb, des combats se poursuivent parallèlement entre jihadistes et forces prorégime près des villages de Foua et Kafraya, attaqués samedi par des combattants du groupe Hayat Tahrir al-Cham (HTS), ancienne branche d’el-Qaëda en Syrie, d’après la même source. Les villages sont deux des rares poches contrôlées par le régime de Bachar el-Assad dans la province et sont les dernières zones encore assiégées en Syrie selon l’ONU. Plus de 8 000 personnes, en majorité de confession chiite, y vivent actuellement. Il s’agit de l’offensive la plus violente depuis trois ans contre ces localités.
Les combats ont fait six morts parmi les combattants prorégime et au moins trois au sein du groupe jihadiste. Selon l’agence officielle syrienne SANA, les prorégime ont réussi à repousser l’offensive.


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20 h 32, le 11 juin 2018