Raphaëlle Macaron

Génération Orient III : #6 Raphaëlle Macaron, bédéiste, 28 ans

Génération Orient III
09/06/2018

« Petite, je savais déjà que j’allais passer ma vie à dessiner, mais j’ignorais que j’allais en faire mon métier. » Raphaëlle Macaron a 28 ans, elle avoue exercer le plus beau métier du monde !

Derrière des airs de jeune fille mutine se dissimule une énergique petite femme, fonceuse et déterminée, à l’esprit facétieux qui manie aussi bien les couleurs, le trait délicat que l’humour singulier et le sarcasme.

Elle est née à Beyrouth où elle a grandi sous le regard bienveillant de son père, avocat, et de sa mère qu’elle décrit comme une scientifique acharnée. Sa tante maternelle Maya Eid, artiste confirmée et pédagogue de surcroît, se chargera de son éducation artistique. Les personnages en pâte à modeler de la petite artiste en herbe prenaient forme. Coulés en plomb, ils prenaient des allures dignes des plus grandes devantures, une expérience que peu d’enfants ont la chance de vivre. Plus tard, à l’école, Raphaëlle mettra à l’œuvre cette expérience acquise. Un projet illustré à présenter, un mur à décorer pour les fêtes, et c’était à elle que ses amies de classe faisaient appel. Élève appliquée et dévouée, elle mettait tout son talent au service de sa petite communauté.

Pour un choix de carrière, Raphaëlle Macaron hésite sans grande conviction entre l’ingénierie et la psychologie, mais réalise très vite qu’elle fait fausse route. Le dessin n’étant pas un métier en soi, elle décide, comme pour gagner du temps, d’opter pour une licence en publicité à l’ALBA. Encouragée par ses professeurs pour sa spécialisation, la bande dessinée se présente comme une évidence. Elle prépare son master quand son grand-père décède. C’était son mentor, son « tendre » complice, un homme de savoir et de cœur, qui lui a ouvert la voie à la sagesse et au savoir. Elle interrompt son projet de master qu’elle achèvera plus tard, enchaîne résidences et expositions collectives, accepte des commandes en free-lance.


Hôtel soleil

Mais un autre deuil viendra entacher son quotidien. Après les funérailles de sa grand-mère à la Békaa, lui vient l’idée d’un projet, mais il lui fallait s’éloigner et faire le vide. Elle part pour Paris où elle s’isole pour réaliser sa bande dessinée Souffles courts, qu’elle présentera au Festival d’Angoulême. L’aventure parisienne suspendue, c’est sur Montréal qu’elle met le cap pour rejoindre une maison d’édition, La Pastèque, où elle apprendra les rouages du métier. À partir de là, tout s’enchaîne, et Raphaëlle Macaron crève la bulle et prend son envol. Elle est invitée à résidence à Montréal, elle rejoint en 2014 le collectif Samandal, et réalise avec Vincent Longhi une BD Police. Plus rien ne l’arrête. En 2016, nommée rédactrice en chef de Samandal, elle met à exécution Topia, un livre pour célébrer les dix ans du collectif traduit en trois langues, et participe à Beirut Strip Extended, la première exposition consacrée en France à la scène BD contemporaine libanaise.

Parcourir son univers est une expérience à la fois visuelle, émotionnelle et intellectuelle, un univers coloré, joyeux et volontiers bavard. Raphaëlle Macaron a toujours ouvert grands ses yeux malicieux pour décrypter le monde, et son attachement viscéral pour sa ville natale, un mélange de haine et d’amour, la conditionne et la transcende. Beyrouth dans les années 60 la fascine, et les femmes de sa famille l’inspirent aussi. À parcourir ses illustrations, le lecteur a l’impression d’aller en repérage et de découvrir une œuvre qui reste sa manière d’être au monde, celui qui gravite autour de ses personnages auxquels elle accorde plus d’importance qu’à l’histoire. Ses images à la santé tonique baignent dans l’entre-deux, une harmonie parfaite entre réalisme et onirisme. « Ils se définissent par leurs défauts que je contrôle. » Aujourd’hui, installée à Paris, elle dompte son temps et se partage entre la ville qui l’a vue naître et celle qui l’a dessinée. Son projet actuel a pour titre Hôtel soleil. Artiste capable de réunir une légèreté empreinte d’humour et une maîtrise graphique et typographique, elle imprime sur les surfaces blanches des feuilles la puissance de son geste qui revendique avant tout son appartenance beyrouthine et délivre une vision colorée d’une société en quête de repères. 


Raphaëlle Macaron en 24 images par seconde


"Pour moi, la BD est un moyen d’exprimer ce qui me fait rêver et ce qui me révolte"


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AL BATAL ELIAS KAMEL

C’est avec joie de lire cet article et de saluer les chers parents