Vladimir Poutine (au centre) lors de sa traditionnelle séance de questions-réponses à la télévision. Hier, il a introduit une nouveauté : le président russe s’est évertué à résoudre les problèmes rapportés par les téléspectateurs en direct, avec les autorités régionales et les ministres via liaison vidéo. Mikhail Klimentyev/Sputnik/AFP
Se voulant rassurant envers les Russes, conciliant mais ferme envers les Occidentaux, Vladimir Poutine a longuement répondu hier aux préoccupations de ses concitoyens à la télévision, vantant une Russie qui « avance dans la bonne direction » au moment où elle accueille le Mondial de football. À une semaine du début de cet événement sportif à l’audience planétaire, organisé dans un climat de vives tensions Est-Ouest, le président russe a orchestré pendant 4h20 sa Ligne directe annuelle, une émission au cours de laquelle il jongle entre les tracas quotidiens de la population, les remontrances à l’égard des responsables régionaux et les confidences sur sa vie privée. L’émission lui a donné l’occasion d’évoquer les conseils de son père (« ne pas mentir »), son rapport « intime » à la foi ou le manque de temps dont il dispose pour ses petits-enfants. Mais il a surtout rappelé les promesses de son nouveau mandat – le quatrième – courant jusqu’en 2024 : augmenter l’espérance de vie et redresser la démographie déclinante de la Russie, diviser par deux la pauvreté et faire entrer son pays dans les cinq premières économies mondiales.
« Dans l’ensemble, nous avançons totalement dans la bonne direction. Nous nous sommes placés sur les rails d’une croissance durable de l’économie », a estimé M. Poutine, soulignant le développement de l’industrie et de l’agriculture ou le niveau historiquement bas de l’inflation, mais reconnaissant « un certain nombre de problèmes à régler ». Au-delà de l’économie, il a évoqué les tensions avec les Occidentaux, les relations restant plombées par les désaccords persistants sur la Syrie et l’Ukraine, les accusations d’ingérence et l’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal en Angleterre. Le président russe a réfuté la possibilité d’un échange entre le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov, emprisonné en Russie pour « terrorisme » et dont la détention est dénoncée par Kiev, l’Union européenne et les États-Unis, et le journaliste de l’agence de presse russe Kyrylo Vychynski, arrêté fin mai à Kiev.
Tout en donnant de nouveaux détails sur les armes mises au point par la Russie, il a dit espérer que la « retenue » prévaudrait contre « toute action extrême et dangereuse pour la civilisation contemporaine », louant la « parité stratégique » qui permet, selon lui, d’assurer la paix dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. « Il est temps de s’asseoir à la table des négociations et de ne pas seulement réfléchir, mais de développer des schémas adéquats et modernes en faveur de la sécurité internationale et européenne », a plaidé M. Poutine. Les accusations des Occidentaux à l’encontre de Moscou sont « un moyen de contenir la Russie, tout comme les sanctions », a-t-il jugé. « Ils ont recours à cela car ils voient la Russie comme une menace, ils voient qu’elle devient un concurrent. Il est clair que nous devons défendre nos intérêts économiques et sécuritaires », a poursuivi M. Poutine.
Les Russes ont été plus de deux millions à vouloir poser des questions, consacrées en grande partie aux tracas du quotidien, selon les chiffres présentés par la chaîne de télévision Rossia 24. Nouveauté : M. Poutine s’est évertué à résoudre les problèmes rapportés par les téléspectateurs en direct, avec les autorités régionales et les ministres via liaison vidéo.
Enfin, à l’issue de sa séance télévisée, M. Poutine a critiqué devant les journalistes le mouvement #MeToo, estimant que les cas concrets d’accusations de harcèlement sexuel devaient se régler devant les tribunaux et non servir de base à des « campagnes politiques ».
Source : AFP

