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Culture

Georges Schoucair, tête chercheuse

Rencontre

« Le Livre d’image » de Jean-Luc Godard, dans la production duquel sa société Shortcut a intervenu, a reçu la Palme d’or spéciale dimanche dernier à Cannes. Rencontre sur la Croisette avec un producteur boulimique de cinéma.

24/05/2018

Georges Schoucair a plus d’une flèche à son arc. Atteint du virus du cinéma depuis son jeune âge, c’est vers la production qu’il se tourne pour rejoindre, il y a plus d’une dizaine d’années, Abbout Productions, cofondée en 1998 par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, et qui donne la part belle au cinéma libanais indépendant. Mais les activités du producteur ne s’arrêtent pas là. Malgré les difficultés de financement de ce genre de cinéma, le cofondateur et vice-président, depuis 2008, de l’association Metropolis va créer également en parallèle MC distribution, qui pallie le manque de distribution efficace des films d’auteur, voire non commerciaux. Avec son équipe qui s’active comme une ruche, composée entre autres de Myriam Sassine et Antoine Waked (qui ont créé il y a deux ans le premier festival du film fantastique au Liban, Maskoon), Georges Shoucair a ouvert grandes ses portes vers l’international et a fondé Shortcut, une autre maison de production qui affirme sa présence dans les plus grands festivals comme Cannes, Locarno, Berlin et Karlovy Vary.

Shortcut et Abbout ne se sont pas vampirisées. Elles vivent côte à côte. Comment s’opère la symbiose entre les deux ?
Cela fait dix ans que suis tout seul à investir dans le cinéma libanais, en acceptant, au début, que l’on me prenne pour un dingue. Sauf qu’au bout du compte, tout le monde – moi inclus – s’est rendu compte que je n’avais pas tort. L’objectif principal d’Abbout Productions a été donc atteint. Plus tard, j’ai voulu pousser plus loin l’aventure et agir et réagir en producteur tout court, ne pas me restreindre au créneau libanais. Finalement, c’est le cinéma que j’aime plus que tout, et si j’ai les moyens d’investir dans les films libanais, pourquoi ne le ferais-je pas dans les films d’auteur internationaux qui me plaisent et que j’aurais eu envie de produire moi-même ? Tout cela à une seule condition : que je ne parasite pas mon investissement dans les films libanais. Je m’explique : je ne refuserai jamais un film libanais pour en favoriser un international.

Comment a évolué Shortcut ? Vous est-il arrivé d’enregistrer certaines déceptions ?
Au départ, je tournais la planète pour avoir des projets, et maintenant on vient à moi, parce qu’on sait que je ne suis pas là pour simplement donner de l’argent. Je suis aussi distributeur au Moyen-Orient (MC) et cofondateur de Metropolis, qui a des salles au Liban. Mes partenaires savent qu’ils profiteront de mon réseau et de la visibilité que je leur offre. Le nom de Shortcut s’est donc affirmé sur la stratosphère du 7e art. Certes, j’ai eu quelques regrets, mais depuis, j’ai affiné mon flair et j’ai appris à mieux sélectionner. Ainsi, j’ai gagné l’Ours d’argent l’année dernière à Berlin avec le film Félicité d’Alain Gomis. Et cette année, Le Livre d’image de Jean-Luc Godard à Cannes a obtenu la Palme d’or spéciale. Par ailleurs, quatre de mes films ont été en compétition à Berlin et deux dans Un Certain Regard, dont Rafiki, de Wanuri Kahiu. Avec ces bénéfices, je me suis donc retrouvé à soutenir de nouveau des projets arabes comme La belle et la meute, de Kaouther ben Hania, sélectionné en 2017 dans Un Certain Regard, ou Wajib, d’Annemarie Jacir, qui a concouru en compétition officielle à Locarno en 2017. Je soutiens un nouveau film palestinien que tourne à présent Elia Suleiman. C’est ma manière à moi d’être partout dans le cinéma libanais, mais aussi à l’international.

Qu’est-ce qui vous attire dans un film et vous pousse à foncer tête en avant et à ne pas baisser les bras ?
Ce sont le réalisateur et l’histoire. Ces deux facteurs sont primordiaux. À partir du moment où je suis en equity dans un projet, c’est-à-dire que j’ai investi dans un film que je ne produis pas moi-même, je fais intervenir d’autres paramètres : est-ce que ce film aura un impact international ? Est-ce que les partenaires m’intéressent ? Ou est-ce que le timing de ce film est bon ? Financer le cinéma indépendant est une chose très difficile, mais j’ai trop à cœur le 7e art et je fais fi des questions financières. Ce qui m’intéresse le plus dans ce travail, ce sont les rencontres et les liens qu’on tisse au nom de la culture.


Pour mémoire

Georges Schoucair dans le « Variety 500 »

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