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Moyen Orient et Monde

De l’urgence « absolue » d’éduquer les hommes en Inde

Société

Malgré la croissance économique et une libération de la parole des femmes, les viols, sujet toujours tabou, continuent de défrayer la chronique.

21/05/2018

Trois adolescentes violées et brûlées vives en une semaine à peine. Ces crimes, commis à la mi-mai, défraient la chronique en Inde. Âgée de 16 ans, l’une des victimes est morte vendredi 11 mai des suites des brûlures infligées par un homme de 26 ans qu’elle menaçait de dénoncer à sa propre famille, après qu’il l’a violée chez elle, dans l’État du Madhya Pradesh (centre). Deux cas similaires se sont produits un peu plus tôt la même semaine dans le nord-est du pays. L’une des adolescentes est morte sur le coup ; l’autre est toujours entre la vie et la mort, après avoir été aspergée d’essence et brûlée. 

Loin du fait divers sordide, ces agressions à répétition mettent en avant un véritable problème de l’Inde contemporaine : les violences sexuelles dont sont victimes les femmes. 

Le 16 décembre 2012, l’étudiante Jyoti Singh Pandey était violée par six hommes dans un bus de New Delhi. La mort de la jeune fille des suites de ses blessures le 29 décembre avait provoqué de nombreuses manifestations massives contre la culture du viol, ainsi qu’une libération de la parole des femmes. D’après Kamala Marius, auteure de l’ouvrage Les inégalités de genre en Inde : regard au prisme des études postcoloniales, cette affaire a contribué à médiatiser les viols, « à l’image du mouvement #Metoo ; on en parle quasiment tous les jours dans la presse indienne ». Suite à cet événement tragique, une loi antiviol a été votée en mars 2013, avec la peine de mort en cas de récidive comme peine maximale. En avril dernier, le gouvernement indien a approuvé l’instauration de la peine de mort dans les affaires de viol sur les enfants de moins de 12 ans.

Aujourd’hui, les femmes victimes de violences sexuelles sont mieux accompagnées lorsqu’elles souhaitent porter plainte. En 2016, environ 40 000 viols ont été signalés en Inde. Un chiffre qui pourrait n’être que la partie visible de l’iceberg, le viol demeurant un fort tabou.

Rapports de caste
Les agressions sexuelles touchent toutes les classes sociales, comme en témoigne le sort de Jyoti Singh Pandey, étudiante de la classe moyenne. Il peut être également utilisé comme un moyen de répression des castes dominantes sur les castes inférieures. « En milieu rural, on observe un rapport de domination entre castes quasiment féodal », rapporte Kamala Marius, « les hommes des castes dominantes peuvent abuser des femmes, car ils considèrent qu’ils les possèdent, au même titre que leurs terres ». C’est parfois le cas pour les femmes Dalits (Intouchables), qui appartiennent à la classe sociale la plus démunie, dont les membres sont relégués à des tâches jugées « impures ». En 2015, deux sœurs Dalits avaient été condamnées par leur conseil de village à être violées et exposées nues. Leur crime ? Que leur frère se soit enfui avec une femme mariée. Ces conseils de castes de village nommés Khap Panchayat font souvent pression sur les « basses castes ».

Il arrive également que le viol soit utilisé comme un moyen de pression contre les minorités. C’est le cas de l’affaire Asifa Bano. Cette jeune musulmane âgée de 8 ans a été enlevée, droguée, séquestrée, violée puis tuée en janvier dernier dans un temple hindou du Jammu-et-Cachemire, dans le nord de l’Inde. Ses bourreaux étaient tous hindous. D’après l’acte d’accusation de la police, l’un des suspects voulait ainsi « déloger » de l’État les nomades musulmans Bakarwals, dont Asifa Bano faisait partie. 

Dans une société patriarcale, l’éducation et la prévention sont les clefs. C’est ce que défend Shruti Kapoor, fondatrice de l’ONG Sayfty qui lutte contre les violences sexuelles. « Éduquer les hommes est une nécessité absolue, car les violences sexuelles ne sont pas la responsabilité des femmes », dit-elle. Selon cette dernière, il est crucial de sensibiliser les hommes autour de la notion de consentement. 

Bien que le chemin parcouru depuis 2012 soit énorme, l’Inde souffre toujours de problèmes endémiques qui ne facilitent pas les rapports entre les genres, à l’image du déséquilibre démographique entre hommes et femmes. Malgré leur interdiction, les avortements sélectifs au détriment des filles sont monnaie courante. Cette pratique a conduit à un déficit de 63 millions de femmes sur le sol indien. Autre combat : la reconnaissance du viol conjugal comme crime, alors qu’il n’est toujours pas considéré comme une agression sexuelle. Une étude conduite par le National Family Health Surveys en 2018 affirme que 83 % des femmes mariées âgées de 15 à 49 ans ont désigné leur époux comme auteur des violences sexuelles qu’elles ont subies.


Pour mémoire

Une seconde adolescente violée, aspergée d’essence et brûlée

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gaby sioufi

et dire que les qqs grands ont allegrement aide CE pays a construire & posseder la Bombe atomique !
tout comme le pakistan la possede aussi.

2 pays du 4 eme monde s'il s'agit du niveau de vie de la TRES TRES GRANDE MAJORITE de leurs citoyens.

BRAVO le monde evolue qui a de tout temps couruu derriere - seulement derriere le gain pecuniere.
comme quoi ils etaient precurseurs de la mondialisation aujourdh'ui diabolisee.

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