Hier à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov avec le coordinateur spécial des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, Nikolay Mladenov. Reuters/Sergei Karpukhin
Vladimir Poutine multipliait hier les contacts, s’entretenant avec la chancelière allemande Angela Merkel après le président turc Recep Tayyip Erdogan, alors que Moscou se trouve au centre du jeu pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien après le retrait des États-Unis.
Lors d’un appel téléphonique, le président russe et la chancelière allemande Angela Merkel « ont discuté de la situation liée au Plan d’action conjoint (l’accord sur le programme nucléaire iranien, NDLR) à la suite du retrait unilatéral américain », a indiqué le Kremlin dans un communiqué. Ils « ont souligné l’importance essentielle du maintien du Plan d’action conjoint pour la sécurité internationale et régionale », a-t-il ajouté alors que Mme Merkel est attendue le 18 mai à Sotchi, dans le sud de la Russie, pour une rencontre avec Vladimir Poutine.
Dès lundi dans cette station balnéaire sur la mer Noire, le président russe recevra le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano. « À tous les niveaux, nous soulignons la nécessité de maintenir cet accord (NDLR : sur le nucléaire iranien) qui est crucial pour la stabilité régionale, comme pour la stabilité dans le monde entier », a martelé hier le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov, dénonçant une « décision précipitée et erronée » des États-Unis de se retirer de l’accord. Jeudi soir, M. Poutine et son homologue turc avaient, selon le Kremlin, « confirmé leur détermination » à continuer à coopérer pour maintenir l’accord avec les autres pays signataires. Selon des sources présidentielles turques, MM. Erdogan et Poutine « ont convenu que la décision américaine au sujet de l’accord nucléaire était erronée et souligné que cet accord constituait un succès diplomatique qui doit être préservé ».
La Russie s’est imposée ces dernières années comme un acteur majeur au Proche-Orient, un rôle renforcé par son intervention militaire en Syrie lancée en 2015 en soutien à Bachar el-Assad. Elle entretient de bons rapports avec des pays aux intérêts divergents et parfois rivaux, de l’Iran à la Turquie en passant par Israël. Elle se situe de nouveau au centre du jeu depuis la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord, dont elle avait contribué à la signature en 2015.
Zarif à Moscou, avant Bruxelles
Cette annonce fait de la préservation de l’accord un objectif commun à Moscou et aux Européens, événement rare vu les tensions de ces dernières années, alimentées par les dossiers syrien et ukrainien et récemment renforcées par l’empoisonnement de l’ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre. Lundi, Moscou sera la deuxième étape d’une tournée du chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif, après Pékin dimanche et avant Bruxelles mardi où il rencontrera ses homologues français, allemand et britannique et Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l’Union européenne.
Lors d’une rencontre jeudi à Téhéran, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov et son homologue iranien Abbas Araghchi ont déjà souligné leur « attachement à la sauvegarde de l’accord » signé en 2015, selon Moscou. L’accord a été conclu en juillet 2015 après des années d’âpres négociations entre l’Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Aux termes de l’accord, Téhéran a accepté de geler son programme nucléaire jusqu’en 2025. Longtemps antagonistes, la Russie et l’Iran ont vu leurs relations s’améliorer avec la fin de la guerre froide. Alors que Téhéran était au ban des nations, Moscou a accepté de reprendre au milieu de la décennie 1990 le contrat de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr (sud de l’Iran), abandonné par l’Allemagne. Mercredi, Vladimir Poutine s’était dit « profondément inquiet » du retrait américain de cet accord, annoncé par le président américain Donald Trump mardi en dépit des appels de nombre de ses alliés.
Source : AFP

