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Un président brésilien a autorisé des exécutions pendant la dictature, selon un rapport

AFP
11/05/2018

L'ex-président brésilien Ernesto Geisel (1974-79) a personnellement autorisé les exécutions d'opposants politiques durant la dictature militaire, selon un rapport de la CIA largement diffusé vendredi dans la presse locale.

Dans la case "sujet" de ce rapport, daté du 11 avril 1974, un titre évocateur : "Décision du président brésilien Ernesto Geisel de donner suite aux exécutions sommaires d'éléments dangereux et subversifs sous certaines conditions".

Ernesto Geisel, décédé en 1996, fut l'avant-dernier président des années de plomb de la dictature militaire (1964-1984), dont les stigmates restent visibles encore aujourd'hui dans la société brésilienne.

Le document (rendu public en 2015, mais dont dont le contenu était jusqu'ici resté inaperçu) a été rédigé par le directeur de la CIA de l'époque, William Colby, à l'intention du secrétaire d'Etat Henry Kissinger.
D'après ce rapport, le président a affirmé au général Joao Baptista Figueiredo, chef du service National de Renseignement (SNI) - qui lui succédera cinq ans plus tard à la tête de l'Etat - que les exécutions sommaires, déjà pratiquées sous ses prédécesseurs, devaient continuer.
"Il s'agit du document le plus perturbant que j'aie jamais lu en vingt ans de recherches", a affirmé sur Facebook Matias Spektor, chercheur de la Fondation Getulio Vargas, qui a mis en lumière ce rapport, largement republié vendredi dans la presse brésilienne.
"Le 1er avril (1974), le président Geisel a affirmé au général Figueirero que cette politique devait se poursuivre, mais qu'il fallait prendre de grandes précautions pour s'assurer que seuls les éléments subversifs dangereux soient éliminés", affirme le rapport.

La Commission Nationale de la Vérité (CNV), créée en 2011 pour mettre en lumière les exactions de la dictature militaire, a révélé à l'issue de trois ans d'enquête que 434 personnes sont mortes ou ont été portées disparues durant cette période.
Mais le Brésil, contrairement à d'autres pays latino-américains ayant également connu la dictature militaire dans les années 70 ou 80, n'a jamais jugé les responsables de ces exécutions, en raison d'une loi de 1979 qui octroie l'amnistie à des policiers ou militaires accusés de bafouer les droits de l'homme.

Pour Vera Rotta, membre du secrétariat aux Droits de l'homme sous le gouvernement de gauche de Luiz Inacio Lula da Silva, ce rapport implique de façon inédite les plus hauts dirigeants de l'Etat brésilien.
"Nous n'avions jamais eu entre les mains auparavant un document sur lesquels il était écrit explicitement : '+ous allons exécuter+ (les opposants). Les militaires ont toujours dit que les exécutions étaient des cas isolés", explique-t-elle.
Le rapport est visible sur le lien : https://history.state.gov/historicaldocuments/frus1969-76ve11p2/d99?platform=hootsuite

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