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Liban

Au Québec, la diaspora libanaise a répondu à l’appel des législatives

Législatives 2018

Plusieurs émigrés espèrent que le scrutin fera souffler un vent de changement dans leur pays d’origine.

30/04/2018

Malgré la pluie et la grisaille, l’excitation était palpable en ce dimanche de fin du mois d’avril à Laval, dans la banlieue nord de Montréal, où avait été établi un bureau de vote pour les Libanais de la diaspora canadienne. Des Libanais qui, pour la première fois, pouvaient, conformément à la nouvelle loi électorale, voter aux législatives depuis leur pays de résidence.


Le choix de cette ville n’est d’ailleurs pas anodin : 11,3 % des immigrants qui y résident et 12,5 % des nouveaux arrivants sont d’origine libanaise, selon le dernier recensement de la population. Le choix du 4e Bataillon du 22e régiment royal pour accueillir le bureau de vote était encore moins anodin, le hasard ayant voulu que le commandement de cette unité militaire canadienne soit passé il y a tout juste une semaine au lieutenant-colonel Jacques Nicolas, qui est d’origine libanaise. Après l’Australie, le Canada est le pays où le plus grand nombre d’émigrés libanais se sont inscrits pour élire leurs représentants au Parlement. Sur les 82 970 électeurs de la diaspora qui se sont inscrits, 11 438 sont installés au Canada. Plus de la moitié d’entre eux se trouvent dans la province francophone du Québec.


Au total, 30 bureaux de vote étaient ouverts dimanche à travers le Canada, notamment à Ottawa, Edmonton, Windsor, Calgary, Halifax et Laval. Une cinquantaine de personnes de tous âges faisaient la queue dès le matin à 7 heures, à l’ouverture du bureau de Laval. Certains ont fait plus de trois heures de route pour participer aux élections. « C’est une journée de fête », lance Fadi Dib Srour, 45 ans, rattaché à la circonscription du Mont-Liban IV (Chouf-Aley). « Je me suis levé à cinq heures ce matin pour venir voter. Il y avait des gens qui attendaient depuis 6h, assure ce propriétaire d’un salon de coiffure installé au Canada depuis 17 ans. Cela fait neuf ans qu’on nous promet des élections, ce jour est enfin arrivé. »
C’est une journée importante pour Omar Rifaï aussi, qui affirme voter pour la première fois de sa vie. « Je ne suis pas très convaincu de pouvoir changer la situation au Liban, dit ce doctorant de 29 ans, rattaché à la circonscription de Beyrouth II. Mais même s’il y a 1 % de chance, il faut faire comme on peut, même si ça veut dire se lever tôt un dimanche pluvieux pour venir voter. »
 « C’est un très beau sentiment, affirme pour sa part Kamal Freiha, chauffeur de taxi originaire d’Achrafieh et installé au Canada depuis 24 ans. Nous sommes fiers de l’exploit du ministre Gebran Bassil qui a permis à la diaspora de voter aujourd’hui et renforcé nos liens avec notre pays d’origine. » « Peu importe les résultats, mais j’espère que les élus travailleront pour le bien du pays », a-t-il ajouté.

« Tout le monde doit participer »
À l’extérieur du bureau, Georges Jed attend ses parents patiemment. Il ne s’est pas inscrit pour voter, n’ayant pas beaucoup d’espoir dans les résultats du scrutin. « Le système de vote selon la nouvelle loi ne permet pas beaucoup de changements, confie cet ingénieur biomédical de 53 ans, qui réside au Québec depuis 25 ans. Mes parents sont contents de venir pour tremper leur doigt dans l’encre, c’est une autre génération, ils pensent que leur voix peut faire la différence. »
Micheline, la mère de Georges, a de la peine à cacher son excitation à la sortie du bureau. Elle est rattachée à la circonscription de Beyrouth I. « C’est un beau sentiment de voter pour le Liban à partir du Canada, dit-elle. J’espère que la prochaine fois on sera beaucoup plus nombreux à être inscrits sur les listes. Cette fois, les gens n’y croyaient pas trop, mais peut-être que la prochaine fois il y aura plus de monde encore. »


Même enthousiasme du côté de Youssef et Odette el-Hawli, âgés respectivement de 93 et 81 ans. À la question de savoir s’il pense que son vote fera la différence au Liban, M. el-Hawli, originaire de Roumieh, lance un « inchallah » à pleine voix. « Tout le monde doit participer au vote ! » a affirmé l’homme installé au Canada depuis 15 ans et qui se dit dans l’impossibilité de voyager en raison d’un problème cardiaque.
Rony Aoun, émigré depuis plus de 30 ans, affirme ressentir beaucoup d’espoir. « On attendait ce jour depuis très longtemps, souligne ce cinquantenaire qui travaille dans les ressources humaines. Je n’ai pas voté depuis 1972, c’est donc très symbolique pour moi. »


Les bulletins en arabe, les mêmes utilisés en territoire libanais, seront dépouillés au Liban le 6 mai, jour des élections, selon une décision du ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk. Après avoir été acheminées à Beyrouth, les enveloppes scellées contenant les bulletins de vote des Libanais de l’étranger seront entreposées au siège de la Banque du Liban, puis transportées le 6 mai, dès 11h, par des véhicules des Forces de sécurité intérieure, dans les circonscriptions électorales afférentes, où elles seront dépouillées. Les voix des Libanais de l’étranger seront comptabilisées dans la circonscription dont chaque électeur est originaire.

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