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Moyen Orient et Monde

Thana Nassir : Depuis longtemps j’ai pardonné

Témoignages
Pat. K. | OLJ
13/04/2018

Elles sont toutes les deux nées à Bagdad. Elles ont un peu plus de cinquante ans. Elles appartiennent au même background chrétien. L’une veut rester en Irak et l’autre veut partir.
Thana Nassir est médecin. Elle travaille dans l’un des plus importants hôpitaux de Bagdad, celui de Saint-Raphaël tenu par des religieuses catholiques. Oto-rhino depuis plus de 25 ans, elle a décidé de rester dans la capitale irakienne même si toute sa famille vit à l’étranger.
« J’étais parmi les blessés de l’église Notre-Dame de la Délivrance. J’ai été atteinte d’une balle au dos et évacuée en France pour me faire soigner. Le gouvernement français a proposé aux blessés de rester. Mais je suis rapidement rentrée en Irak », dit-elle.
Le 31 octobre 2010, l’église Notre-Dame de la Délivrance avait été la cible d’une prise d’otages par une dizaine de fondamentalistes lors d’une messe qui rassemblait plus de 200 paroissiens.
L’attaque, revendiquée par un groupe d’el-Qaëda, avait fait 45 morts dont les deux prêtres qui célébraient la messe.
« Je suis médecin. J’ai fait mes études à Bagdad et ma carrière est ici. La France ne m’aurait jamais assuré ce que j’ai dans mon pays. La sécurité, oui, peut-être… Mais je suis chrétienne d’Irak et ma place est à Bagdad », martèle-t-elle, relevant qu’elle ne peut pas concevoir sa vie hors de sa ville natale.
« Après l’attentat, mes blessures physiques n’étaient pas importantes pour moi. Mais j’ai été mal durant longtemps sur le plan psychologique. Jusqu’à aujourd’hui, tous les jours je repasse le film de la prise d’otages dans ma tête. Je n’arrive pas à oublier… Le père Wassim Sbeih (l’un des deux prêtres tués) était assis à côté de moi. Il s’est penché à un moment et a pris la balle à la tête, me sauvant la vie. Je me souviens de son sang sur mon visage et mes mains », raconte-t-elle.
Appréciée de tous, Thana Nassir travaille avec des chrétiens et musulmans. Elle souligne : « Je suis chrétienne. Ma religion est une religion d’amour et depuis longtemps j’ai pardonné. »
Nawal, elle, est chaldéenne. Elle rentrera bientôt en Suède, où elle s’était installée avec ses frères et sa sœur en 2006. Elle était revenue au pays natal il y a quelques années parce que le gouvernement avait encouragé les chrétiens détenteurs de diplômes universitaires à entrer dans l’administration.

Aucun avenir
Nawal qui était fonctionnaire avant de partir en Europe est donc revenue. Très vite, elle a progressé au travail pour devenir directrice d’un service dans un ministère. « Mais il y a quelques mois, après un remaniement ministériel, le nouveau ministre a décidé de donner mon emploi à un chiite de sa communauté qui a beaucoup moins d’expérience que moi. J’ai voulu tenir bon, rester au ministère, mais c’est plus fort que moi, j’ai déprimé. Je vais rentrer donc en Suède où je ne me suis pas vraiment adaptée malgré la présence de mes frères et de ma sœur », raconte cette célibataire de cinquante ans.
À Bagdad, elle vit dans une maison de location, car sa famille a tout vendu en partant en Suède. « C’était en 2006. Mon neveu âgé de cinq ans à l’époque avait été enlevé par un gang fondamentaliste. Nous avons soupçonné les voisins d’avoir aidé les malfaiteurs à le kidnapper... Le petit a disparu durant des jours et mon frère a tout donné pour le libérer », se souvient-elle.
Après cette épreuve, toute la famille a émigré, suivant le frère aîné de Nawal qui vivait déjà en Suède. « J’appréhende ce retour en Suède. J’étais bien ici. Certes, notre vie n’est plus aussi belle qu’avant, mais au moins je suis dans ma ville natale… C’est clair, nous n’avons plus d’avenir ici », dit-elle.

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