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Culture

Neuf personnages en quête de bonheur

Opéra

Enfin un opéra sur les planches libanaises. Ce soir, le théâtre Béchara Raï (NDU, Zouk Mosbeh) affiche « Les noces de Figaro » de Mozart, marivaudage joyeux et festif pour une musique et des arias sublimes. Avec une pléiade de chanteurs italiens et libanais. Rencontre entre deux répétitions.

13/04/2018

C’est accompagné de l’Orchestre philharmonique libanais placé sous la houlette de Toufic Maatouk et en présence des chœurs du Conservatoire national et ceux des universités antonine et Notre-Dame de Louaïzé que se retrouvent ce soir, à la NDU, comédiens, chanteurs, comparses, décorateurs, techniciens et costumiers pour mener à bon port le livret de Lorenzo da Ponte et la divine partition du génie de Salzbourg.

Où l’on recueille quelques propos éclairants sur l’opéra bouffe – Les noces de Figaro, de Mozart – grâce à certains protagonistes attrapés juste à temps, avant qu’ils ne se lancent les répliques et peaufiner un ut et un contre-ut de leurs récitatifs, arias, duos, trios et plus… On commence par planter le décor avec le maître de l’espace Roberto Catalano, jeune décorateur de scène barbu : « Tout a commencé avec le Huis Clos de Jean-Paul Sartre. L’enfer c’est l’autre, mais aussi le bonheur, c’est l’autre… À partir de là, je suis parti sur la notion d’un jeu à neuf personnages dont le prix gagné est le bonheur… Le décor rappelle le Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Grande table verte avec des numéros de jeu de hasard. Pour les costumes, avec Ilaria Ariemme, on s’est inspirés de The Party de Peter Sellers dans les années 1960. Habits chics et look pointu, sous le regard vigilant de Big Brother, par conséquent tout en étant libre, absolument surveillé… »

Pour Caterina di Tonno (soprane), le personnage de Suzanna est « une femme simple, la plus simple : elle veut surtout le bonheur et le chanter avec Figaro ! C’est le rôle le plus long de l’histoire de la musique. À la fois complexe et articulé, puisque Suzanna est toujours sur scène. Et puis c’est si bien écrit ! »

Intervient alors Francesco Vultaggio, baryton qui prête traits et voix au comte Almaviva : « C’est le personnage le plus attaché au jeu. Il veut absolument trouver le bonheur. Il est comme Don Giovanni ou Onassis, il laisse sa femme et court tous les jupons. Mais il est aussi jaloux de sa femme et n’arrête pas de taquiner Suzanna – tout en trahissant sa femme ! C’est un beau rôle pour un baryton, surtout du point de vue vocal. L’aria Hai gia vinta la causa (J’ai gagné la cause), c’est un morceau remarquable, car il n’est pas écrit seulement pour un baryton, mais recèle beaucoup de nuances et s’étend aussi bien aux graves qu’aux aigus… »
 
Imprévisible
C’est alors que Valentina Mastrangelo, alias la comtesse Almaviva, son épouse sous les feux de la rampe, prend la parole : « C’est un rôle de soprane lyrique. C’est une femme trahie dans son orgueil de femme. Elle est merveilleuse de dignité. Sa partition est écrite d’une manière parfaite, surtout avec cette dynamique et ce contraste entre les pianissimos et les fortissimos. Elle agit discrètement et laisse les explosions en public. C’est l’incarnation de la sagesse. »

Mais le dernier mot reste certainement au maître de cérémonie, Toufic Maatouk : « C’est l’opéra le plus imprévisible chez Mozart, du point de vue écriture. Dans l’unicité de la trilogie du librettiste Da Ponte (Don Giovanni, Cosi fan tutte et Les noces de Figaro), c’est un opéra très rythmé au niveau des actions, et surtout très gracieux. Tout en soulignant les thèmes de profondeur dans la vie même. Il ne faut pas oublier que cela s’inspire de Beaumarchais et c’est écrit aux alentours de la Révolution française. C’est aussi universel. Comme Mozart seul sait l’être dans sa musique. Cette œuvre vient après avoir été donnée l’année dernière à Dubaï avec le théâtre de San Carlo. C’est un grand bonheur pour moi de la présenter au public libanais. Mais c’est aussi, personnellement, un grand bonheur que de jouer Mozart, mon adoré... musicalement ! Et puis il y a l’harmonie d’une équipe exceptionnelle où, professionnellement, tout est fusion et osmose. C’est un luxe pour un chef d’orchestre de travailler dans ces conditions… Et pour ne pas oublier aussi, à part les chanteurs italiens qui sont formidables, on révèle les jeunes talents libanais. Shady Torbey est superbe dans le rôle de Figaro, mais aussi la pétulante Mira Akiki, sans compter la découverte du baryton César Naasy (déjà premier Libanais à l’opéra McGill) et du baryton Roger Abi Nader… » Le bel canto, dans ses meilleurs atours, à l’honneur ce soir à la salle Béchara Raï. Rendons-lui honneur.

« Les noces de Figaro » de Mozart au théâtre Béchara Raï (NDU, Zouk Mosbeh) ce soir, à 20h30.

Fiche technique
– L’Orchestre philharmonique libanais et les chœurs du CNSM, universités antonine et Notre-Dame de Louaïzé, dirigés par le maestro Toufic Maatouk.
– Chanteurs : Caterina di Tonno (Suzanna), Shady Torbey (Figaro), Valentina Mastrangelo (comtesse Almaviva), Francesco Vultaggio (comte Almaviva), Giulia Mazzola (Cherubino), Sara Tisba (Marcellina), Mira Akiki (Barbariana), César Naasy (Bartolo), Roger Abi Nader (Antonio).
– Directeur de scène : Robeto Catalano.
– Scénographie : Emmanuele Sinisi.
– Costumes : Ilaria Ariemme (Sartoria Pipi).
Avec la collaboration de l’Institut culturel italien.

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