Hier, l’OTAN a annoncé qu’elle avait décidé de retirer leurs accréditations à sept membres de la mission russe et de rejeter trois demandes d’accréditation supplémentaires. « Un message clair est ainsi adressé à la Russie : les comportements dangereux et irresponsables ont un coût et des conséquences », a déclaré le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg. Emmanuel Dunand/AFP
L’OTAN a annoncé hier, en mesure de rétorsion à l’empoisonnement d’un ex-agent double russe au Royaume-Uni, qu’elle avait décidé de retirer leurs accréditations à sept membres de la mission russe et de rejeter trois demandes d’accréditation supplémentaires. « Un message clair est ainsi adressé à la Russie : les comportements dangereux et irresponsables ont un coût et des conséquences », a déclaré le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg.
Ces mesures viennent s’ajouter aux 120 expulsions déjà décrétées depuis lundi par 25 pays, dont les États-Unis et 18 membres de l’Union européenne. La Belgique, l’Irlande et la Moldavie ont suivi hier. Pour sa part, la Bulgarie a annoncé avoir rappelé son ambassadeur en Russie. Ces représailles coordonnées du camp occidental sont sans précédent, même du temps de la guerre froide. La Nouvelle-Zélande a également assuré qu’elle aimerait bien expulser des espions russes, mais qu’elle n’en avait pas sous la main.
« Jamais auparavant autant de pays ne se sont unis pour expulser des diplomates russes », a souligné hier le secrétaire au Foreign Office, Boris Johnson, dans le quotidien The Times. Il a salué ensuite devant le Parlement britannique « une réponse internationale sans précédent et robuste à cet acte irresponsable de la Russie ». Ces expulsions « pourraient constituer un tournant », selon lui. « L’alliance occidentale a pris des mesures décisives et les partenaires du Royaume-Uni se sont unis contre l’ambition irresponsable du Kremlin », a ajouté M. Johnson, pour qui il s’agit d’un « nouveau coup dur pour les services de renseignements russes qui mettront des années à s’en remettre ».
Parallèlement, lors d’un échange téléphonique hier, les présidents français Emmanuel Macron et américain Donald Trump ont « salué la forte réaction internationale après l’attaque de Salisbury », selon un communiqué de l’Élysée. M. Trump s’est également entretenu au téléphone avec la chancelière allemande Angela Merkel, et les deux dirigeants se sont également félicités de cette réponse collective « à l’usage irresponsable d’armes chimiques par la Russie », selon la Maison-Blanche.
Moscou isolé
Cette action coordonnée est une réponse à l’empoisonnement à l’agent innervant Novitchok de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, le 4 mars à Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre), attribué par la Grande-Bretagne à la Russie. Les deux victimes sont toujours hospitalisées dans un état critique et « leur condition ne semble pas s’améliorer », a indiqué hier le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Alan Duncan.
Hier aussi, la Première ministre britannique Theresa May a indiqué à son gouvernement que les alliés de Londres ne réagissaient pas seulement « par solidarité avec le Royaume-Uni, mais aussi parce qu’ils reconnaissent la menace » représentée par la Russie, entre annexion de la Crimée, interférence dans des élections étrangères, cyberattaques et soutien au régime syrien. Selon des propos rapportés par son porte-parole, elle a précisé travailler avec ses partenaires « sur une réponse à long terme au défi posé par la Russie ». « La Russie doit se rendre compte qu’elle est seule » désormais, a souligné Alan Duncan, tandis que Paul Ryan, le président de la Chambre des représentants américaine, a affirmé que « la Russie ne partage pas nos intérêts ou nos valeurs », mais « au contraire, elle cherche à saper ces valeurs ».
Moscou, qui nie être à l’origine de l’empoisonnement, a promis de contre-attaquer. « Nous allons riposter, n’en doutez pas ! Parce que personne ne souhaite tolérer une telle muflerie et nous n’allons pas le faire », a prévenu hier le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Selon lui, ces expulsions sont le « résultat des pressions colossales » de Washington, qui mène le mouvement avec l’expulsion de 60 diplomates russes considérés comme des « agents de renseignement » et la fermeture du consulat de Russie à Seattle.
L’analyste Fiodor Loukianov a estimé hier, dans les pages du quotidien russe Vedomosti, que ces expulsions, « particulièrement destructrices pour les relations russo-américaines », plongeaient les relations entre Moscou et les Occidentaux dans une nouvelle « période de guerre froide ». « Ce n’est pas la fin de l’escalade, il est clair qu’elle va s’aggraver, on s’attend à des mesures encore plus sévères qu’avant, des sanctions économiques contre la Russie », a-t-il prévenu.
Enfin, hier encore, dix anciens espions russes ont fait condamner leur pays devant la Cour européenne des droits de l’homme pour entrave à leur « liberté de circulation ».
Sources : agences

