Romain Franck se cachant le visage lors de son procès hier. Jack Guez/AFP
Un employé du consulat général de France à Jérusalem a été inculpé hier par la justice israélienne pour avoir participé à un trafic d’armes dans les territoires palestiniens, accusation très rare, grave pour lui et délicate pour la diplomatie française.
Romain Franck, jeune contractuel travaillant comme chauffeur pour ce consulat, est accusé par Israël de s’être servi des privilèges associés aux activités diplomatiques pour faire sortir des dizaines d’armes de la bande de Gaza vers la Cisjordanie pour le compte d’un réseau de trafiquants palestiniens.
Autorités israéliennes et françaises ont souligné la gravité des faits reprochés. Mais une semaine avant la visite du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, elles ont mis en exergue qu’il aurait agi de son propre chef et que les relations franco-israéliennes ne seraient pas affectées.
Romain Franck, âgé de 23 ou 24 ans selon les sources, « a agi pour l’argent, de son propre chef et à l’insu de ses supérieurs », a indiqué la sécurité intérieure (Shin Beth) israélienne.
Un juge du tribunal de Beer-Sheva (Sud) lui a notifié son inculpation, ainsi qu’à cinq Palestiniens complices présumés du trafic. Les circonstances de l’affaire restent troubles. Mais sans avoir la même immunité qu’un diplomate, Romain Franck est soupçonné d’avoir mis à profit la relative protection que lui conférait son statut d’agent technique pour transporter dans un véhicule du consulat, en cinq voyages, environ 70 pistolets et deux fusils automatiques entre Gaza et la Cisjordanie.
La bande de Gaza est soumise par Israël à un rigoureux blocus destiné à contenir le Hamas. Mais l’intérieur des véhicules diplomatiques est généralement exempt de contrôle.
Romain Franck recevait les armes d’un employé du Centre culturel français à Gaza, franchissait la frontière avec Israël, parcourait à travers le territoire israélien les quelques dizaines de kilomètres jusqu’en Cisjordanie, selon le Shin Beth. Là, il remettait les armes à un individu qui les revendait à des trafiquants, selon la même source. Neuf personnes en tout, dont un agent de sécurité palestinien du consulat général, ont été arrêtées, dit le Shin Beth.
Jusqu’alors, « il n’a pas nié les faits », dit-on de source diplomatique française.
Romain Franck avait été recruté au consulat général comme « volontaire international », statut qui permet à de jeunes adultes de bénéficier généralement d’un contrat d’un an, éventuellement renouvelable, pour une expérience professionnelle à l’étranger. Le Shin Beth ne fait mention d’aucune motivation politique propalestinienne de sa part.
Cependant, ajoute-t-il, « c’est une affaire très grave, dans laquelle on a exploité de manière cynique l’immunité et les privilèges accordés aux représentants étrangers » pour se livrer au trafic d’armes susceptibles d’être employées contre des Israéliens.
Cependant, avec une évidente volonté de calmer le jeu, Israéliens et Français ont insisté sur leur coopération dans le dossier. « Les relations avec la France sont excellentes et ne seront pas affectées par cette affaire », a dit un responsable israélien sous le couvert de l’anonymat. Du côté français, le Quai d’Orsay prend le sujet « très au sérieux ». « C’est une affaire individuelle », assure une source diplomatique.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine