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Moyen Orient et Monde - Commentaire

La revanche des autocrates

« Les démocraties détruisent tous les leaderships. » Nicolas Sarkozy
Ils sont en train de gagner la partie. De marquer leur époque. Ils ont réussi à changer les règles du jeu. À imposer un modèle alternatif susceptible de séduire le plus grand monde. Ils se ressemblent tous, malgré leurs différences. Ils parlent le même langage, malgré leurs divergences.

Eux, ce sont les autocrates. Ceux dont on a annoncé le déclin inéluctable au lendemain de la chute du mur du Berlin et qui prennent aujourd’hui leur revanche sur l’histoire. C’est Vladimir Poutine qui vient de remporter la présidentielle russe pour la quatrième fois, avec un nouveau plébiscite. C’est Xi Jinping qui devrait rester « président à vie » après que le Parlement chinois a aboli la limitation des mandats avec 2 958 voix pour, deux contre et trois abstentions. C’est Recep Tayyip Erdogan qui a modelé le régime turc pour répondre à son insatiable soif de pouvoir. C’est Abdel Fatah al-Sissi qui, après avoir écarté tous ses opposants politiques, sera élu dans quelques jours avec un score à faire rougir le chef du Kremlin. Mais c’est aussi Victor Orban ou encore Rodrigo Duterte, pour ne citer qu’eux.

Tous élus, tous populaires, tous démocrates dans la lettre et non dans l’esprit. Ils ont fait du libéralisme politique, présenté comme un projet de domination occidentale, leur principal ennemi. Ils emprisonnent leurs opposants, contrôlent l’espace médiatique, éliminent les contre-pouvoirs. Ils assument leur autoritarisme et le présentent comme un modèle de gouvernance, opposé à la mollesse des démocraties occidentales.

Certains réécrivent l’histoire de leur pays, glorifient leur passé impérial et se présentent comme les dignes héritiers de leurs « illustres » ancêtres. Ils s’adressent à l’âme de leurs peuples. À celle qu’ils présentent comme éternelle et essentielle et dont il est interdit de dévier. Ils sont croyants ou font mine de l’être. La religion est un instrument au service de leur pouvoir, qui leur permet de parler comme s’ils avaient été investis d’une mission divine. Et d’opposer leur croyance à celles des autres qui, forcément, sont de nature belliqueuse.

Certains sont les chantres de la révolution conservatrice. Ils sont antimodernes, au sens immatériel du terme. Ils sont le plus souvent xénophobes et homophobes. Ils célèbrent la virilité et appellent au retour de la famille traditionnelle.

Certains méprisent le droit. Tout comme le multilatéralisme. Ils ne croient que dans les rapports de force. Ils font la guerre sans états d’âme, comme une « continuation de la politique par d’autres moyens ».

Certains sont obsédés par la domination occidentale. Ils testent en permanence les limites de cet ennemi qu’ils abhorrent autant qu’il les fascine. Ils ont compris que l’Occident ne voulait plus de grande guerre, et profitent à chaque fois qu’ils le peuvent de cette faiblesse.

L’État, c’est eux. Ils ne le représentent pas, ils l’incarnent. Ils ne gouvernent pas, ils règnent. Avec eux, la raison du régime remplace le plus souvent la raison d’État.

Ils font des émules. Auprès de certains monarques qui partagent avec eux bon nombre de caractéristiques, sans pour autant s’encombrer d’élections. C’est notamment le cas des deux princes les plus influents du Golfe, Mohammad ben Salmane et Mohammad ben Zayed. Mais aussi auprès de plusieurs dirigeants de pays démocratiques. Shinzo Abe, Benjamin Netanyahu, et bien sûr Donald Trump, pour ne citer qu’eux, s’inspirent clairement, à des degrés divers, de ce mode de gouvernance. Voir la plus grande démocratie au monde dirigée par un ploutocrate populiste est d’ailleurs la principale victoire des autocrates. Pour l’instant. 


« Les démocraties détruisent tous les leaderships. » Nicolas SarkozyIls sont en train de gagner la partie. De marquer leur époque. Ils ont réussi à changer les règles du jeu. À imposer un modèle alternatif susceptible de séduire le plus grand monde. Ils se ressemblent tous, malgré leurs différences. Ils parlent le même langage, malgré leurs divergences.
Eux, ce sont...

commentaires (2)

a se demander ce que cachent ces tendances , a se demander le pourquoi de ce suivisme , a se demander comment ils osent ,

Gaby SIOUFI

10 h 17, le 19 mars 2018

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Commentaires (2)

  • a se demander ce que cachent ces tendances , a se demander le pourquoi de ce suivisme , a se demander comment ils osent ,

    Gaby SIOUFI

    10 h 17, le 19 mars 2018

  • SUPERBE ARTICLE QUI DIT FORT ET HAUT LES VERITES DE NOTRE SIECLE OU LA DEMOCRATIE EST ABATARDIE ET GENERE DES DESPOTES QUI REGNENT PAR LE VOULOIR ET AU NOM DES PEUPLES !

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE OPINION

    08 h 46, le 19 mars 2018

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